m
m
^
r^^îi^^
^^^?^w.ismms,tmmim i m
479. SAINT-DOMINGUE ou Histoire de
ses Révolutions, contenant : Le récit
effroyable des divisions, des troubles,
des ravages, des meurtres, des incen-
dies, des dévastations et des massacres
qui eurent lieu dans cette île, depuis
1789 jusqu'à la perte de la colonie. P.,
Tiger, s. d., in-16, br., de 108 pp. et
1 gravure repliée. (386) 80 fr.
Edition ancienne de cette importante étude.
fCtJixar^
p-nnnn |lnitreraita
^ The John Carter Brown Library 4^
® . . ®
♦^ Brown University "^
♦5^ Purchased from the *$•
^ Louisa D. Sharpe Metcalf Fund ^
® ©
"^
^ 108 ^
capitaine, qui fut tué ei dévoré aussitôt.
Cet horrible sacriflce ne se renouvelia
plus; mais un homme mourut et fut
mangé. Enfin, les deux canots séparés
l'un de l'autre eurent le bonheur d'être
sauvés. Mais ces malheureux étaient
plutôt des spectres que des hommes,
tant les fatigues et les privations qu'ils
avaient endurées avaient été longues et
cruelles.
Quant aux hommes restés dans l'île
Elisabeth, un vaisseau fut envoyé plus
tard pour les recueillir. Ils avaient pas-
sé trois mois sur ce rocher, vivant de
quelques oiseaux et de tortues de pas-
sages. Le seul abri qu'ils trouvèrent fut
des grottes, où ils découvrirent huit
squelettes humains. Leur plus grande
angoisse fut la privation d'eau douce.
Il leur fallut souvent endurer la soif
pendant cinq ou six jours, en attendant
qu'il tombât quelques gouttes d'eau
dans le creux des rochers; malgré tout,
ils furent sauvés de cette triste position
et allèrent rejoindre leurs compagnons
qui les attendaient à quelques lieues
de là. FIN.
Inipr. de l'oLLET, Soupe e{ Gtinois, rue Saiiil-Dnnis, 5So.
■^ms^
:^1BSSSL'.
---3»^
ÉiMiB
:jk..
J/h iV/J/i' //ffliïjl^.
SAINT-DOMINGUE
OU
HISTOIRE
DE SES RÉVOLUTIONS;
CONTEKANT
Le récit eff'rojable des divisions , des
troubles , des ravages, des meurtres ,
des incendies , des dévastations et des
massacres qui eurent lieu dans cette
île , depuis 1789 jusqu'à la perte delà
colonie.
A PARIS,
Cli«z T I G E R , Iinprimeur - Libraire , riw iW
Petit-Pont , n» I o.
±y PIWER LITTÉRAIRE;
On trouve clier. le même Împrîaieur-Libraire
les ouvrages ci-après, coBcernnnt les guerres , ba-
tailles, couibats , victoires, etc., des Français.
Batailles , combats et victoires des Français en
Espai^ne et en Portugal, i volume.
En Al!eir^as;ne et en Belgique , i volumeé.
— En Autriche et en PoIo;;ne , 2 volunies.
En Egypte, en Syrie et en Palestine, i vol.
En Holiande, en îtalieet en Allemagne, i vol.
— En Russie , i volume.
En Saxe , 1 volume.
Invasions et siégi^s de Paris , etc. , i vol.
Révolutions d' Sainl-Domingae, 1 vol.
Débarquement dans cette îie , i vol.
Révolmion d'Espacne , 1 vol.
— deT^a|des, i vol.
Guerre de la Vendée , 2 vol.
Morean; sa vie, ses exploits militaires, etc.
Pichegrii ; si vie, ses taîens militaires, etc.; 1 vol.
Vie du maréchal Ney, contenant des détails inté-
ressons. — Son procès : 2 vol.
Vie d'Athanase Charrette, général vendéen; r vol,
Henri de LarochejaqHelain, générai en chef de l'ar-
mée d'Anjou: suite de la guerre de la Vendée, i v.
Tuffin de \i Kouarie , général des chouans: suite
de la guerre de ia Vend,éc, i vol.
Le Siège de Barcelonne , i volimie.
^es Conquérans du Nouveau-Monde, ou Histoire
de Chris'ophe Colomb et de Fernand Cortez ,
traduit de l'anglais, 2 vol.
Les Flibustiers, en 8 volumes, qui se vendent en-
semble OJi .'séparément.
Les douze Césars , 1 vol.
I vol.
PAKIS, DE L'IMPRIMERIE DE TIGER.
V«^ï^^'>S^«%&^!S^^!©i^^'5^^^^^'^^^^5S^^^'!!^'%^^^
PREFACE
N.
ous croyons indispensable, avant que
de donner un pre'cis exact des révolutions '
de Saint-Domingue, défaire connaître cette
île sous plusieurs points de vue diffërens ;
sa de'cQUverle , sa topographie , et son his-
toire.
C'est à Christophe Colomb qu'on est re-
devable de sa de'couverte ; il l'aperçutpour
la première fois en 1492. Elle était habite'e
par une nation dont la douceur des mœurs
rejetait cette énergie, pour ne pas dire fé-
rocité , et cette activité si naturelle aux
peuples du nord. Saint-Domingue était
partagé en cinq états indépendans , dont
chacun était gouverné par un cacique : ces
cimj caciques avaient des autres subordon-
nés qui les suppléaient dans leurs fonctions.
Une partie de l'ile s'appelait Haïti ; elle fut
aoinmée par Colomb, Hispaniola ^ ou
A 2
(4)
petite Espagne. La denominatfon de Saint-
Domingue lui fut donnée par les Français,
du nom de sa capitale.
/ Des aventuriers français , anglais , allo-
mands , etc., aussi audacieux qu'intre'pi-
des , connus sous le nom de Flibustiers et
de Boucaniers, furent le premier nojau de
la population française à Saint-Domingue.
L'île Saint-Domingne s'étend du 71e au
77^ degré de longitude, et du 18^' au 2o«
de latitude. Sa longueur est , du levant au
couchant, de 160 lieues ; sa largeur moven-
ne de 5o , son circuit de 56o , et de "^600
en faisant le tour des anses. Elle était par-
tagée entre les Français et les Espagnols *
mais ceux-ci possèdent la portion la plus
étendue; négligeant les cultures, leur
principale richesse est dans de nombreux
troupeaux, dont ils font un commerce
très-lucratifavec leurs voisins.
La partie française était divisée en trois
provinces; celles du nord, de l'ouest, et du
sud. La rivière du Massacre séparait , au
Hord de l'ile, les possessious des deuspuis-
( 5 )
«accès. EnlreceUerivière et la vilîe au Cap,
sont les quartiers et villes ou bourgs d'Ona-
«amjnthe, du fort Dauphin , de Limona-
de , du Trou , du Morin , de la plaiue du
^ord , de la Grande-Rivière , de la Souf-
fnere,duDondon, de la Pelile-Anse, et
de la Marmelade.
Entre le Cap et la ville de Port-de^Pa^x ,
«eparee de l'île de la Tortue p.r un canaî ,
oii voit les quartiers de l'Acul , du Port-
Margot, du Limbe, de Sainte-Anne, da
Borgne, de Plaisance, et du Gros.
Morne.
Sur le rivage septentrional, on dislingue
abaiedexMoustique,lapointeetlequar-
t'^r de Jean Rabel , le môle Saint-Nicolas,
et a colonie allemande de Bombarde: au
sud-es| du môle sont la baie et les quar-
tiers des Gonaïves,de l'Artibonile , de
Saint-Marc, des Vases, de Mont.Louis,
de I Archaïe , de Boucas^in . du Port-
^u-Pnnce, du CuKde-sac de la Croix-
des-Bouqupts , des grands Bois , des Ve-
rettes, du Mireî>aiais , du Tapion , de la
i'eli te- Rivière et du Petit-Fond.
AS
m
I
É
( 6 )
Le Port-au-Prince (i) est situe' au fond
^'un golfe. Sur la cèle sont les quartiers
du Lamantin , de Léogane , au grand et
petit Goave , de Nipes, de Miragoane, des
Baradaires , des Caïniites et de la Grande-
Anse, dont le cbef-îieu e'iait Jere'mie.
La province du sud comprend les quar-
tiers de Tiburon , de l'anse des Anglais, des
coteaux, du Port-à -Piment, du Port-Salut^
de la pointe d'Abacou , de Torbec , des
Cajes , du Fond , de Cavailion , de Saint-
Louis, de Bcuet, d'Acquin, de Jacquemel,
du Sale-Trou et des anses à Pitre.
La population de la partie française de
Saint-Domingue se montait, en 1789,3450
et quelques mille noirs , et 60,000 blancs,
y compris les femmes et les enfaus. Indé-
pendamment des populations blanche et
noire, il en existait une troisième composée
de tous les nègres, mulâtres, ou quarterons
(i) Le Port-au-Prince était autrefois la capi-
tale de toute la partie française , et le siège ds
gouvernemenl.
( 7 )
libres , formant alors «nr classe intermé-
diaire ^csigtiée sous le tîom àliommes de
touleur.
Sainl-Dominsrue était alors administpë
par un gouverneur général et vtn inîendanf,
nommés par le roi^ et dépositaires de sou
autorité. Outre ces deux ofHcierson magis--
trats supérieurs, qni avaient sous eux un
grand nombre de subalternes , qui les re-
présentaiem dans les villes et dans les com-
munes, il existait er)Core un contrôleur
de la marine, spécialement chargé de la
surveillance de l'emploi des derniers du fisc^
et dont le consentement et la signature
étaient indispensables pour toutes les dé»
penses au compte de TElat. îl y avait en
outre une représentation coloniale, qui
était appelée auprès des cbefs du gouverne^
ment, toutes les fois qu'il s'agissait d'asseoir
et de répartir l'impôt, et des tribunaux,
pour administrer la justice.
Nous n'examinerons point ici si les pou-
voirs adîninistralifs et judiciaires, sans se
froisser alternativenient, agissaient dan^
A4
«laaac-ii—n i t,i
(B)
une parfaite harmonie , et si la somme des
abus ne l'emportait pas sur celle du bien.
La tâche que nous nous sommes imposée,
est celle de retracer les faits d'une rëvolul
tion dont le result;jt, pour la France, a été
la perte d'une colonie dont elle retirait les
plus grands avantages.
1
>ti
V«!S
^ess^UBSsofm
^<:Si£^m'^m^M
SOMxMAIRE.
WWWVIV
Préface. —Descnpiion de Hle âe Saint -Do-
niingue.— Premiers inaibies du Cap. — Divi-
sions intestines.— In«urrections des mulâtres. -^
Supplice d'Ogé. - Arrivée d une station fran-
çaise au Port.au-Priuce. — As.^assinât de M. Je
chevalier de Mauduiî.-M. de BJanchelandenom-
mé gouvrrneur-genéral de Saint-Doœingue. —
Assemblée coloniaie. ~ Révolte des esclaves. —
Divisions entre 'e gouvernement et l'assemblée
coloniale. — Trouhîes au Port-au-Prince, —
Incendie de cette ville ~ Attentats commis par
les hommes de couleur. —Campagne du Limbe
et de l'Acul. —Mort du chef nè^re Oouk-
msn. — Arrivée mu Cap de MM. de Mirbeck,
Boume et Saint-Léger, cmmissaiîes du Roi
Leur entrevue avec le citef nègre Jean-Fran-
çois, -f Journée du 27 mars. — Déportation de
tous }ës officiirs de la garnison du Poit-au-
Princc. — Troubles dans la ville du Cap. —
Désastres de la province du Sud. — M. d'Es-
parbès, nommé gouverneur -générai de Saint-
Domingue, h la place de M. de Blanchclande. —
Arrivée au Cap, des commissciires Sanlhoaax,-
Ailbgud et Polverel. — Établi.srment à\m.
A5
R<£>ai4&3BQa
(tlf
elub. Arrivée de M. de Rochambcau auCàp. —
Journée du 19 ociobre. — Révolutioti totale
dans l'administration de la colonie. — Desti-
tution de tous les fonctionnaires publics. —
M. de Rocbanibeau attaque les révoltés au fort
Dauphin. — Journée du 2 décembre. — Con-
duite des commissaires civils. — Expédition de
la Grande-Rivière. — Prise du fort de la Tan-
nerie. — Nouveaux succès des blancs. — Les
commissaires Santhonax et Foîverel arment
contre le Port-au-Prince. — Défaite des mu-
lâtres à Jércniie. — Déportation d'un grand
nombre d habitans du Port - au - Prince. —
Victoire remportée sur les mulâtres, h la Grande -
Anse. — Arrivée au cap du nouveau gouveraeur
général G&îbaud. — Machinations infernales de
^Santhonax et Polverel. — Destitution de Gal-
baud et de son frère. — Prétentions des mu-
lâtres. — Le gouverneur général se met à la
tète d'une insurrection. — Combat dans le»
rues du Cnp. — Inciindic de cette viHe. — Les
blancs, obligés de fuir de Saint-Domingue, et
de se retirer aux Etats-Unis. — Proclamation d«
la liberté des noirs, par Sanibonax et PoîvereU
Sti3ï«5il«l
RÉVOLUTIONS '
DE
SAIN T-D O M I N G U E,
uvwvwvwv
AiNT-DoMiNGUE^ a» Commencement de
ïjSç), maigre les rivalités de son gouver-
nenr-geiiëral et de son intendant , et les ja-
lousies si naturelles aux liofijmc^ en place
(jiii la goiivernaienl^ jouissait de la tranquil-
lité', lorsqu'un navire de Nantes, débarque-
dans l'un de ses ports , au mois d'octobre
de la même année, apporta la nouvelle de
la révolution cjui venait de s'ope'rer en
France, et de la prise de la Bash'lle. Cette
Bouveile développa à l'instant le fermenjfe;
re'voiutionnaire qui e'tait, pour ainsi dire ^
comprime sous le despotisme des agens
du gouvernement ; la cocarde fut ar—
bore'e , et d^s actes de violence furenfe
cxerce's contre des individus qui n'avaienÈ
point pris ce signe de ralliement. Comme
en Franco , on déclama ouvertemenÇ.
contre les privilèges, les préjugés et le
despotisme des colons^ on parla haute-
ment de liberté' devant des esclaves ,
ne demandaient q^.i'i Lris^r leurs fers^
m
^^ASWjbiK2a
( Î2 )
Bierilol après des representaus cle Saint-
Domingue farent admis aux etats-gene'-
raux , et des cahiers de doléances furent
rédiges et apportes par ces nouveaux ëlus.
Cependant , une inquiétude sourde agi-
tait tous les esprits. Les inlrigans qui ne
respirent que les troubles et les divisions ,
essayaient de jeter dans toutes les villes
de la colonie les brandons de la discorde ;
leurs tentatives malheureusement re'us-
sirent. Plusieurs colons du Cap furent obli-
ges de^ se cacher ou de fuir , et même un
d'eux fut assassine aux Cajes, sous prétexte
qu'il appujajt les prétentions des hommes
de couleur.
M. de Marbois , qui résidait au Port-au-
Prince , informé de ce qui se passait au
Cap , crut prudent de s'embarquer pour
ïa France; et M. de la Mardelle, procureur
général , alla se réfugier sur une habita-
tion au Cu!-de-sac.
Au Cap^ commeauPort-au-Prince, l'in-
surrection prit un caractère alarmant ,
des comités avaient été formés. Des dé-
putés nommés par les paroisses réunies à *
Samt-Marc , prirent la dénomination d'aâ-
semblée de la partie française de Saint-Do-
îningue. Les prétentions que cette assem-
blée affichait causèrent sa perte : 85 de ses
membres partirent pour la France.
L'assemblée nationale de France n'eut pas
( i3 )
plutôt proclamé les Droits de Thomme
que les mulâtres commencèrent à s'insur-
ger. Dans la nuit du 28 au 29 octobre 1790,
trois cents d'entre eux descendirent des hau-
teurs de la Grande-Rivière , et parcoururent
successivement toutes les habitations des
blancs j qui furent injuriés et desarmés, et
l'un d'eux fut massacré. A leur tête était un
mulâtre nommé Ogé , qui avait pris le nom
de colonel-général. Cetteiîisurrectionn'eut
pas de suites j car son chef et un nommé
Chavannes son adjoint sjAi.l été pris , ex-
pièrent leurs crimes sur la roue , et dix*
neuf de leurs complices furent pendu^.
Le feu de la révolte ne se borna pas à la
province du nord. Au Mirebalais , il j eut
des rassemblemens nombreux d'hommes de
couleur, et dans la province du sud des
attroupemens qui furont dissipés par M.
Mauduit , colonel du régiment du Port-au-
Prince.
Les décrets de rassemblée constituante
de France n'ajant pu parvenir à faire roi?-
trer dans l'ordre les espriti des iirsnrg'és
et favoriser les intentions pacifiques des as-
semblées provinciales , des troupes furent
embarquées pour la colonie ; la station
arrivée au Port-au-Prince , agitée et pous-
563 par les factieux qui , dans tous les quar-
tiers delà ville, avaient déjà fait entendre les
irjoîs de régénération et de //^6^/te',se meten
Kfiss-ii:^]»»
( I4 ) ^
îrebelKon ouverte. Les froupe& cléscencfent
à terre et viennent par leur pre'sence aug-
menter le tumulte et le desordre: le peuple
court aux armes j le régiment du Porl-au-
Frince abandonne son colonel, qui fut mas-
sacre par les séditieux , le 4 mars 1791.
Ces meurtres et ces assassinats n'étaient
que le prélude des crimes et des horreurs
qui devaient souiller le territoire de Saint-
Domingue. Le 2,0 août 1791 , la re'volte
des noifs e'cinta sur mie habitation nom-
me'e la Gosseitc , par l'assassinat du ge'rant
nomme Mossul. A l'Acul , une bande de
ces mise'rables avant à leur tête Boukman ^
se répandit comme un torrent dans cette
paroisse. Ce nègre , dont l'ame cruelle ne
respirait que le sang , la to-rche d'une maiiS'
et le poignard de l'autre, massacra impi-
toj'abîemcnt tous les blancs échappe's à la
fureur des flai-nnes. Son maître lui-même
fut égorgé sans miséricorde dans les bras
de sa femme éplorée , qui fit de vains ef-
forts pour le soustraire à la vengeance de
ces cannibales.
Malgré les mesures vigoureuses qu'on
prit au Cap pour arrêter le de'bordemeut
de ces furieux , dans la nuit du mardi au
mercredi 25 août , ils se portèrent sur la
Petite-Anse ; leur rage s'exerça sur l'habita-
tion Choiseul, où ils mirent le feu et brà-
îèrentuîi nègre domestit|;Ue. Delà, passasè
( i5 )
Sur celle des Pères de la Chante , ils inceiî-
dierent les cases à Bagisse, et massacrèrent
sans pilie le gérant; d'autres habitations
furent livre'es aux mêmes horreurs.
Enhardis par leurs succès , ces nègres
rendus plus (eroces parles excès du vin et
des liqueurs spiritueuses , s'avancèrent vers
le haut du Cap où ils furent arrêtes par le
canon ; ce qui ne les^ empêcha pas de
porter le fer et la flamme dans diveri^s Ita-
Mtations , et dans les paroisses de l'Acul ,
de la plaine du Nord et de la Petite-Anse ,
qui n'ofFrireiU bientôt plus aux regards
épouvantes qu'un monceau de cendres.
Il est difficile de se figurer les troubles ,
la de'solation , les dévastations et les incen-
dies qui marquèrent les pas de ces brigands.
On n'était encore qu'au 4e jour de la ré-
volte, et déjà tous les blancs de dix paroisses
dépendantes du Cap , étaient ou égorges
ou mis en fuite j la flamme avait dévore
plus de cent sucreries; le Cap étaitnienacé
du même sort. Un détachement de troupes
sorti de celte ville , atteignit les incen-
diaires et les massacreurs de TA'cul , elles
poussant vers la baie , les enveloppa entiè-
rement. C'ëtaif le moment opportun d'exer-
cer une vengeance terrible contre ces nè-
gies devasl;<leurs ; on ne le tit point, el
en s'en repenîit.
11 eût clé facile d'arrêter ee fiëau deslrue*
S'.^'^ms.iaeai
leur, si les nssemblees coloniale et provin-
ciale , qui tenaient leurs se'ances au Cap ,
et qui n'àuraienl pas dû être dissidente*
d'opinions , eussent pris des mesures vigou-
reuses j mais il est une fatalité' attachée à
toutes les assemblées : c'est de parler beau-
coup lorsqu'il faudrait agtr. Les mulâtres ,
au contraire, parlaient peu ei agissaient
beaucoup. Tanclisi qu'on pe'rorait au Cap ,
les rëvolle's enivres de leurs premiers .suc-
cès , continuaient leurs ravages, et atta-
quaient nuit et jour les postes avances du
haut Cap, et de ia Pelite-Anse; les troupes
étaient harassées à repousser ces attaques
partielles qui devenaient toujours funestes
à l'un ou l'autre parti.
Dans cet état des choses , et au milifa
du trouble et des craintes qui agitaient
tous les esprits au Cap , ilauraii, fallu adop-
ter des mesures propres à sauver Saint-
Domingue. Mais l'irresolulion de toutes !e5
autorit s ne laissait aucun espoir de sortir
d'une crise aussi violente : au milieu ds
l'accablement gëue'ral qui paraissait , pour
ainsi dire , l'asserablëe provinciale , un
particulier fit cnteflil re sa voix , et s'expritua
de la manière suivante :
« Depuis cinq jours c^ue les révoltes
« incendient nos propriétés et massacrant
« nos frères , je ne vois pas q»s'ou s'occupe
« de venger les uns , ni de punir les au-
isaBa@SËBaEu>!»Hi
^ ( 17 )
et Ifes. Je connais aussi bien que personne
« le danger de notre position et la faiblesse
« de nos moyens ; je sens comme vous la
(c nécessite de conserver la ville ^ je n'i-
« gnore pas qu'une craînte juste etsalu-
« taire nous a jusqu'ici empêches d'en
« sortir j mais on peut faire cesser cette
« crainte. Que dès demain un ordre au-
« quel on ne pourra se soustraire, oblige
« de remettre tous les nègnes mâles à un
« corjjs de troupe ^ sous l'escorte duquel
u ils seront conduits à bord d'un nombre
« de bâtimens suffisant pour les contenir;
« que ces bâtimens soient places sous la
u vole'e de nos vaisseaux de guerre, qu'on
« pourvoie à tous les besoins des détenus ,
« qu'on les avertisse que cette sevërile'
«n'est qu'une mesure de précaution , qui
« cessera dès qu'elle ne sera plus neces-
« saire. Une fois tranquilles sur le sort de
« la ville , de nos femmes et de nos enfans,
u marchons aux re'vollës j que la terreur
« et la mort nous précèdent, et jurons de
« ne rentrer que lorsqu'ils serontsoumis ,
« ou qu'ils auront été extermines I
Ce discours dans lequel les avis les plus
sages et les plans les mieux combines
étaient développes , ne fit aucune sensation
sur les assemblées coloniale et provinciale.
Après avoir exige de M. de Blanchelande ,
gouverneur de Saint-ï)omingue, de donner
B?.'SW3
\ ( i8 )
tens ses soins à la sûreté de la ville , oti
arrêta la formation de trois regimens de
f^arde soldée , on établit une comrnissior
prëvôîale ^ on augmenta les droits d'octroi
et on fit plusieurs autres re'glcmens , qui
ne sauvèrent point le chose publique.
Cependant , au milieu de toutes ces
délibérations, les ravages et les incendies
des habitations avaient toujours lieu. La
fureur des brigands se raUentit néanmoins
un instant après l'incendie du quariiei
Morin et de Limonade , mais ce ne fut que
pour s'accroître et prendre de nouvelles
forces. Tous les efforts qu'on opposait au5
révoltes, n'avaient contribue' qu'à les aguer-
rir. Pour venger leurs pertes , ils massa-
craient les blancs prisonniers , et incen-
diaient les bâtimens encore existans sur le;
habitations. D'ailleurs on ne pouvait obte
nir de succès décisifs , parce qu'ils avaien
toujours la ressource de 1a fuite dansle;
montagnes.
Un nègre nomme Jeannot , se signala î
cette e'poqne par sa cruauté' et sa férocité'
Chasse de l'habitation Bullet où il s'etai'
cantonne avec sa troupe , il mit à feu et ;
sang tous les endroits par où il fuvait. L»
sang même des nègres ue fut point e'par
gne, et il e'gorgea de sa propre main 60 pri-
sonniers blancs. Un habitant de la Graude
Rivière fut aussi massacre avec ses huitea^
■HP
SiS@ëS3Sji^1
fans. Un négfe qui était son parent et son
»rni , et devenu son postillon , pour n'avoir
pas attendu ses ordres pourdételer des che^
vaux, fut tue d'un coup de pistolet par
ce monstre avec le plus grand calme.
L'assemblée coloniale avait envoyé à la
Jamaïque deux commissaires pour obtenir
des secours. Ces secours se réduisirent à
un vaisseau de 5o canons , qui établit sa
croisière sur la côte de l'ouest, et à trois
frégates anglaises qui vinrent mouiller au
Cap , ayant à bord 5oo fusils et quelques
munitions de guerre et de bouche. Deux
rëgimens avaient e'ie promis , et ne furent
point envoyés. Les Anglais étaient trop
intéressés à la perte de nos colonies, pour
nous donner des secours réels.
Cette même assemblée avait fait des dé-
marches auprès du président de Santo-
l>ommgo. Les HTspagnols , qui étaient aussi
bien disposés que les Anglais, firent aux
commissaires une réponse équivoque, qui
ne permit pas de compter su^reux.
Dans cette position critique de l'assem-
blée coloniale, le feu de la révolte qui
avait paru s'assoupir, se ralluma de nou-
veau. Les nègres recommencèrent leurs
excursions. Le féroce Jennnot, poursui-
vant le cours tle ses horribles succès,
envahit successivement la paroisse du
Dofidon el le quartier de Sans-Souci, où
•^
i
( ^o )
il fit brûler les liabilations et massacrer
les habitans.
A l'ouest et au sud, les mulâfres, toujours
rassernble's et eu armes y menaçaieut de se
porter aux dernières extrêsriiles. La divi-
sion qui existait entre les agens du gou-
vernement et l'assetnble'o coloniaie, en-
tre les colons et les, amis des mulâtres ,
s'opposa à ce cpi'on pût prendre des
précautions contre le torrent prêt à se
déborder. Il fallut donc recourir aux
voies de conciliation , et un concordaf fut
signe' par le? mulâtres, d'tirie part, à la
Crois des-Bouqnots avec plusietirs com-
munes; concordat favorable aux hom-
mes de couleur et humiliant pour la
classe blanche : concordat qui fut ratifié
même avec des conditlofis encore pics
avantageuses, par l'assemblée du Port-au-
Prince. L'égalité entre les deux castes ea
faisait la base , et la dissolution de rassem-
blée coloniale en était la prernière condition.
Ce traité fut conclu le 7 septembre «791.
On ne doit pas dissimuler que les dé-
crets de l'assemblée constituante et ceux
de l'assemblée législative relatifs à Saint-
Domingne , et rcndi-.s d'après l'esprit des
différent partis qui ^ divisant ces assem-
blées, ignoraient absolument à cette épo-
que le véritable éla« de Saint Domingue ,
contribuèrent beaucoup à y entretenir
.iOMM
dîSBSsmmrju
( 21 )
le feu de îa revo'te, ol o flîviser les co-
loris sur leurs propres iriiorôls.
Le calme un moment rr'tnb!) par le con-
cordat passe' au Port-au-Priiice , accrut en-
core la mesintcîîigence enlre l'assemble'e
coloniale et le gouvernement. M. de Blan-
chelande n'avait point la (ête assez forte
pour résister aux pre'teutioriS de l'assem-
ble'e, et à celles des factieux qui ne cher-
Icbaîenl qu'à semer le troubleet la division;
en outre, ses disposilionsmililaires n'e'taient
■ pas faites pour lui mériter la confiance
Ipublique, rt sa conduite dans l'attaque
Ides camps Galiffet et d'Agout sembla, pour
ainsi dire , prouver qu'il s'entendait avec
les nègres , pour brûler les habitations ap-
partenantes à des blancs.
llscmblait qu'un esprit de vertige avait
tourne toutes les têtes. L'assemblée colo-
r.iale tint une séance extraordinaire, oii
l'exage'ralion des principes démagogiques ,
elles sourdes menées de l'intrigue triom-
phèrent des sages conseils de la prudence
et de la bonne foi.
Après avoir vainement implore' l'assis-
tance des Anglais et des Espagnols , ras-
semblée coloniale du Cap prit le parti de
s'adresser aux autres colonies françaises
pour obtenir des secours. En conscc[uence'^
vn aviso fut expédie à la Martinique; mais
cet avis arriva trop tard. Le gouverneur
.( 22 )
de cette île venait de renvoyer deux ou
trois bataillons et autant de compagnies
d artilleurs, n'ajant garde auprès de lui
que le nombre de troupes indispensable
pour la sûreté et la tranquiliifé de la colo-
nie. Cependant, il fit partir pour St.-Do-
nvnejue le vaisseau VÉole et la frégate la
Didon, soos les ordres de MM. Girardia
et \ îllevielle. Les commandans de ces bâ-
timens, à leur arrivée, devinrent suspects:
1 insurrection se manifesta sur la frégate ,
et le plus grand tunanîte régna dans la ville!
Les deux commandans furent destitués,
et M. Girardin fut obligé, peu de jours
après, départir pour la France.
De nouveaux troubles survinrent aa
Port-au-Prince. La division qui subsistait
toujours entre les blancs, les mulâtres
et les hommes de couleur , amena de
nouvelles scènes d'horreur. Un violent in-
cendie éclata tout-à-coup aa èentre de la
ville à la suite d'un combat qui força les
mulâtres d'en sortir. Cet l'ncendie qui dura
24 heures , et qui consuma la moitié de la
ville , fut attribué aux gens de couleur, et
ensuiîeauxnégocians qui, dit-on, dans le dé-
rangemerat de leurs affaires, pour éluder la
rigueur des lois , avaient cru cet expédient
propre à les libérer envers leur créancieri.
Sous le prétexte de poursuivre les mulâ-
ta-es postés à la Croix-des Bouquet*, l«a
■^axfiiLyù%
ïïSgçsassa^wa
, ( 25 )
prétendus patriotes et les plus factieux des
bataillons d'Artois et de Normandie, firent
dans cette paroisse une excursion , d{ins
laquelle ils pillèrent et saccagèrent plu-
sieurs habitations.
Les attentats des mulâtres ne furent pas
moins violens; 40 blancs furent assassinés
par eux dans un fort; on en trouva un
f^rand nomdre d'égorgés sur les chemins.
Une femme de Jérém'ie, enceinte de six
mois , fut massacrée par ces forcenés qui ,
après avoir mutilé son corps, écrasèrent
entre dêux pierres l'enfant qu'elle portait
dans son sein. Un des ces monstres , arra-
chait avec un tire-bouchon rougi au feu
lesjeux des blancs qui tombaient maiheul
reusement entre ses mains.
Au mois de novembre 1 791 , M. de Blan-
chelaride entreprit une expédiîion contre
les nègres révoltés. Secondé des gardes
nationales et des mulâtres de la province
du Nord qui se trouvaient au Cap , il fit par-
tir 600 hommes pour le Port-Margot , et
deux jours après , une force égale pour
l'Acul. Le commandant du Port-de-Paix
s'avança en même tems vers Plaisance, à
la tête d'un détachement. Celte expédition,
bien concertée, eut le succès qu'on devait en
attendre. Les nègres attaqués sur plusieurs
points, furent battus partout. Le poste
Alquier fortifié par des rouan c h cm en s et
i
Sx
^ ^ ( 24 ) ^
garni d'artillerie, fut emporte de vive force,
et 60 prisonniers blancs etitasse's daos une
e'glise derrière ceposle, furent soustraits
à la rage des nègres qui les auraieut mas-
sacre's sans pitié. On se rendit maître en
inêmetems du Limbe', et du carap-Lecoq,
situe' au bas des montagnes de celte pa-
roisse. Cette journe'e fut termine'e glorieu-
sement parla mort de Boukman , l'un des
chefs les plus sanguinaires de lare'volte, qui
fut tue' d'un coup de pistolet à bout portant
par un dragon.
A cette époque, le 28 novembre 1 791 ,
MM. de Mirbeck, de Saint-Le'ger et Rou-
nie, nommés par le Roi et agréés de l'as-
semblée nationale pour aller rétablir l'or-
dre et la tranquillité à Saint-Domingue,
arrivèrent au Cap, sur la frégate la Gala-
tee. La chose n'était pas facilej l'assem-
blée coloniale qui voyait que la commis-
sion civile agissait avec circonspection,
Xont en appuyant les mesures du gouver-
nement, chercha à l'entraver. Les factieux
dont cette même commission déroutait les
intrigues et les complots, s'agitèrent en
tous les sens pour contrarier ses vues, et
s'opposer au bien qu'elle aurait pu faire.
Quoi qu'il en soit, lorsque les révoltés
eurent appris l'arrivée de la commission
civile, ils renouvellèrent les propositions
qu'ils
Â
(25)
qu'ils avaient faites à l'assemblée celo-
niale , qui les avait rejeîées. On avait
appris que Jeannot qui s'était signale par
des cruautës inouies , avait ële fusille par
ordre de Jean-François, autre chef de
nègres j et que ce dernier , las d'une
fîuerre qui ne pouvoit que se prolonger ,
desirait la terminer; ce qui fut coniirmi
par une lettre qu'il adressa à la commission
civile , dans laquelle il sollicifait une eo~
trevue avec les commissaires. Cette entre-
vue qui lui fut accordée , eut lieu à l'habi-
tation Saint-Michel. Il promit aux com-
missaires de rétablir la tranquillité dans
la province du Nord , si on lui assurait ia
vie et la liberté. Ceux-ci lui garantirent
Tune et l'autre, en lui donnant les plus
fortes assurances que , s'il tenait parole
on onbherait le passé, et qu'il n'aurait plu*
désormais qu'à se louer des procédés des
blancs à son égard. Ce chef se retira ensui-
te vers les siens , dans l'intention d'exécuter
ce qu'il avait promis aux commissaires , et
pourleurendonnerunepreuve, ii renvoya
le lendemain au Cap vingt à vingt-cing
prisonniers blancs. Biassou, autre chef des
nègres , et aussi puissant que Jean- Fran-
çois , demanda aussi une entrevue qui lui
lut assignée pour le surlendemain. Mais
dans.ée courtintervallede tems , les choses
changèrent tout-à-coup de face; l'euireviiâ
St.^Domingue. g
( 26 )
n'entpaslieu , et ces deux chefs recommen-
cèrent leurs hostilités. Bicrstot les re'voltes
commandés par Jean-François attaquèrent
dans la nuit le poste d'Oiianamjnte , qui
défendait la riche plaine de Maribaroux.
L'entréedeceposteleurfut facilitée par les
les hommes de couleur , qui composaient
une partie de la garnison. L'obscurité , qui
favorisa cette attaque, fut la cause de la
perle des blancs , qui , accablés par le
nombre de leurs ennemis , se réfugièrent
dans l'église , oii ils espéraient opposer
queJque résistance: vain espoir ! ils j fu-
rent poursuivis et massacrés sans pilié.
ï)'ar)rès le tableau. que nous venons de
tracerVie la situation déplorable de Saint
Domingue , et d'après le choc iournalier
des factions qui ne, tendaient qu'à un
bouleversement général , il restait peu
d'espoir de sauver une colonie dont on
cherchait à rompre, tous les liens avec la
métropole. Cependant, sur ces entrefaites
arrivèrent succesivement à peu près 6000
hommes de troupes envoyées par le gou-
vernenient français. Mais la désunion qui
régnait entre le g-ouverneur général, M. de
Blanchdande , et l'assemblée coloniale ,
ne permit pas de tirer un parti avantageux
de cette force armée , destinée à éloufFer
]a révolte dans le nord, et non à faire la
gaerre aux mulâtres dans les provinces
Q i'eueil et du sud.
^,^^ÊÊÊÊÊlS3mSS!SiiSS^fiiSirt
( 27 )
Bientôt le Haiit-Cap aynnt e'te attaque
par les révoltes , Tasscmblee se rëtiaiî aus-
silôt dans la î-.î:lle de ses séances : 27 Mars
179?. ) ; l'on cournl aux artiies , i;l i'oo se
répandit dans la ville en vociférant contre
les aristocrates , dont il fallaii à tout prix ,
disait-on , se défaire , avanl de marcher
au secours du ilsut-Cap ,
Dans l'assemblée , le tnmiiUe el le de's or-
dre e'taient à leur comble ^ îjîi oraîeur s©
lève, et après être parvenu à obtenir quel-
que silence , il s'exprime ainsi:
« Les efïets de nos maux dureront tant
« cjne vous en laisserez subsister la cause.
« Depuis sept mois , la preuve de l'inripe'-
« rilie, de la Iraliison du pouvoir exèeutif
« vous est acquise; il est évident que ce
(( malheureux pays est la victime d'une
« trame infernale, ourdie afin d'ope'rer la
« contre-revoUiîion. Il est deiuootië que
« les blancs qui l'habilefit sont destines k
« être sacrifies, pour ressusciter des prëro -
« gatives justement abhorroes en France»
« et l'ancien régime à jamais proscrit à
« Saint-Domine;ue. S'il pouvait vous res-
« ter quelque douîe, si vous pouviez être
« retenus par quelque incertitxidc, je vous-
« dirais; réfléchissez a la révolte de voâ
« nègres, aux prétentions qvi 'ils manifes-
«c tent , aux eouleurs qu'ils arborent ,
« au nom dont ils s'élajent ; et douiez eu-
B a
t^^JIVSL
( 2S )
<( ccre que îcs/an'stocralfis les aient armes,
u an nom du Roi , de la torche et du poi-
« gtiard. Il faut le dire; le trône et vos es-
« claves^ tiennent les deux extrémités de
« la chaîne circulaire qui paralyse tous vos
« efforts. Qu'importe au despotisme la
« turpitude de ses moyens , pourvu qu'il
« tiiornplie? Qui osera l'en faire rougir?
« Laisse-l-il à ses victimes d'autres vertus
« t|ne le silence? Qu'importe 'aux mi-
« nistres , par qui ce malheureux pays a
« etë vendu, la perte de la colonie' et la
« ruine de la métropole, pourvu que le
« système soit anéanti? La fehcite entra-
« t-elle jamais pour quelque chose dans
« leurs calculs ? Qu'importe enfin à M. de
« Bîanrbelande l'existence de Saint-Do-
« minguf'? qu'a-t-iî fait pour comhîer l'a-
« Mme sous- nos pas, et au fond duquel
« il nous précipite par la perfidie et par
« ses crimes? De quelle utilité est pour
« nous ce ruineux ëtat-major, instrument
« du pou voir arbitraire qui nous opprime?
« A-t-il empêche' que nos^ campagnes ne
« fussent réduites en cendres ? a-l-il ven-
* gë nos hères e'gorgës par leurs affran-
« chis et par leurs esclaves? Non. Que
« dîs-je? ô honte! ô humiliation! Une
V caste avilie , dégradée , aspire insolem-
« ment à comtnander dans un pays tout
« plein encore des marques de sa servi-
■M
( 29 )
« tudeî Pensez-vous qu'îTs auraient Ja-
« mais osé lenîer le sort des combats, s'ils
« n'avaient éîë certains d'un secours puis-
« sant et efficace? Quel peut être ce so-
ft cours? Sur qui les soupçons peuvent-ils
« tomber? N'est ce pas sur ce pouvoir
« exécutif étouflPé comme Encelade, et
« faisant comme lui, par intervalles, des
« efforts qui ébranlent le poids dont il est
« écrasé? Mais je ne m'arrête pas aux
rt probabilités j écoutez les pétitionnaires
« qui sont à votre barre, analysez les dé-
« marches et les actions de M. de Blan-
*c chelande; maîlre de tout, pouvant, à
« son gré, disposer de toutes nos forces,
« quelles mesures a-t-il prises pour répri-
« mer l'orgueil des mulâtres, et pour ar-
« rêter le brigandage des nègres? Quel
« bien ont produit ses sorties "si vantées?
« Par quelle fatalité , une horde de ban-
« dits, sans munitions, sans discipline,
« sans courage, n'est-el!e pas encore sou-
« mise ou exterminée? La fermeté qu'ils
« montrent est-elle dans leur caractère?
« Doit-elle leur être attribuée? Tout ne
« prouve-l-il pas au contraire, qu'ils ne
« sont qu'un instrument aveugle dans des
« mains perfides, et ne concourt-il pas à
« vousdesignerM.de Blanchelandecomme
« le traître qui a été chargé de diriger cellô
« arme contre vous ?
B 5
SK?
I
( 3o )
« Tant qu'il nous a ëtë permis de croire
a à la sincërilé de ses promesses , à la pu-
« rete' de ses intentions , j'ai approuve la
« confiance que vous avez bien voulu lui
« accorder. J'ai voie pour que le ressort
« puissant de la force publique fût remis
<c dans ses mains j mais maintenant qu'iT
« vous esl; de'montrë que , loin de vouloir
te le bonheur de Saint-Domingue , M. le
« gëne'ral , par ses fautes , ses be'vues et
« ses escobarderies en consomme la ruine ;
« que c'est à l'appui qu'il prête aux mu-
« lâlres , aux me'nagemens qu'il a pour les
« brigands que l'on dort attribuer l'ambi-
« tioiî des uns et les airocite's des antres 5
« maintenant que sa nonchalance , son
«t incapacité et ses tralkisons le signalent
« comme le pins cruel et le plus dange-
« reux ennemi de la colonie , sonffrirons-
« nous encore que ce chef-d'œuvre des
u aristocrates , cet émissaire de Co»
» blentz , ce traître à la nation, com-
« mande dans un pays qu'il a promis de
« détruire ? Pousserons-nous la faiblesse
« et l'oubli de nos devoirs jusqu'à lui lais-
« ser un pouvoir dont il ne sert que pour
« notre malheur ? Jusqu'à quelpoijil tra-
ce hirons-nous la confiance et l'espoir de
« nos cômmetîans , qui ne nous ont pas
« envoyés ici pour être les témoins im-
« mobiles de^ crituies du pouvoir exëcultfy
( 5i )
« mais qui , ^n nous investissant du ca-
« ractère sacre de leurs reprësentans ,
« nous ont, avant tout , impose l'obliga-
« lion de sauver Saint-Domingue ?
« Pour parvenir à ce but , il n'est qu'un
« seul uiojcn ; osez le mettre en usage , et
« la colonie renaît au bonheur et à ï'opu-
« leoce : ce moyen est en votre pouvoir |
« vous seriez coupables envers elle, envers
« la France , envers la posîenté , de !e ne-
« gliger. Defiez-vous de cette timidité' , de
ti celte circonspection , toujours funestes
« dans les grandes crises ; ne so^yez pas rc-
« tenus par le défaut de formes , par votre
« prétendue incompc'tervce , crainte aussi
« frivole que dangereuse ; superstition
« aussi absurde que criminelle. Le salut du
« pet^ple n'est- il pas la siq)rênie loi ? Ce
« soin ne forme-t-il pas le premier et le
« plusimporianl de vos devoirs ? oui , puis-
« que pour le remplir dignement et pour
« sauver la patrie en danger, il faut la sous-
« traire au pouvoir exe'cutif ; je fais la
« motion que M, de Btanchelande soit à
« l'instant destitue' de sa place , et renvojé
« dès demam en France. » ^
Ce discours virulent de jacobinisme
fut couvert des opplaudisstmens les plus
bruyans , de bravos et de trëpignemeus de
pieds pousses jiasqu'à la fureur. Les fac-
tieux n'alteudirejît pas que la molioîaaiise
( 52 )
anx voix fut J^doptëe, F>ourcourfr enfouie
a la maison de M. de Blanchelande , qu'ils
entraînèrent. , pour ainsi dire, de vive force
a Fassembiëe. A son arrivée , le président
Jui communiqua l'arrêté qui prononçait sa
déchéance. Le gouverneur présumant que
malgrél'iojuslicedecetordre, il serait dan-
gereux , eu ce moment , d'y opposer de la
résistance , déclara qu'il s y conformerait.
Dans une assemblée aussi tumultueuse
et dans laquelle le parti des factieux demi-
ïiait avec fureur , il était difficile à la raison
dese faire entendre; plusieurs membres de
i assemblée , indignés d'une pareille mesure,
qui pouvait entraîner les résultats les plus
fLmesîes, voulurent prendre laparolepour
la combattre et la faire annuler. Un d'eux ,
étant ex\Çm parvenu à obtenir la parole *
s exprima en ces termes ;
« Messieurs, je ne prétends point à l'hon^
« neur de réfater les discours de ceux qui
« m ont précodé à cette tribune. Pour le
<r faire avec avantage, il faudrait plus de
« tenis que je n'en ai ; ainsi , sans toucher
« an fond de la question , sans discuter si
« 1 assernbiée est ou n'est pas compétente
« pour destituer un gouverneur, je me
« bornerai à vous faire observer qu'une
« mesure aussi nouvelle, tûî-elîc corn-
« mandée par des circonslances impéneu-
« &GS , ne doit pas éirè le résultat du fana-
(55)
K lisine ou de l'esprit de parti : qu'un
K arrêté de cette importance ne saarait
« être pris datis ui^e seule se'ance , et à la
« suite d'une discussion qu'on n'a eu ni le
« temps , ni îa liberté d'approfondir.
« Saiut-Doitiingue touche à sa perte , les
« colons qui l'îiabitent sont les plus infor-
(( lunes des hommes: voilà une vente in-
« contestable sur laquelle tout le monde
« est d'accord : j'admets^, de plus, que nous
« avons tous un égal désir de reparer ses
« mauxj mais les moyens diiîerent , parce
« que nous ne sommes pas également d'acr
« cord sur les causes qni lesonf produits; on
« les attribue à un projet de contre rcvolu-
« tion, émané de Coblenlz; mais oii en est
« la preuve ? J'entends dire que M. de
<( Blanchelande est chargé de l'exécutionj
« 011 en est la preuve encore ? Prendrez-
« vous ■• our tellela révolte des esclaves?
« Mais vous est-il demontre'qu'eilesoit pro-
« voquée parlui ? Accuserez-vous l'insignî-
'<( fiance de ses opérations militaires ? Mais
« peut-il donner du courage aux troupes ,
« et rétablir une subordination sans la-
« quelle il n'est point de succès ! Dépend-
« il de lui de les mettre en campagne au
« grc de ses désirs et selon le bien du ser-^
« vice? Lui avez-vous laissé la faculté d'en
w faire la répartition d'après un plan cal-
« cule sur la situation de la colonie ? Lui
( 54 )
« avez^ vous permis, luf avez-vous fourn
« !^s moyens défaire une guerre offensive
« J^/oD ; et vous osez , l'accuser de no
« désastres ! Vous le retenez à la ville", e
« vous feignez d'être sur}3ris que les hri
« gaads ravogent les campagnes ! Vou'
« vous étonnez de la révolte de vos esclaves
« et vous oubliez qoe vous leur avezofferi
« 1 exemple de Hnsurrection I Vous ne
« pouvez, dites-vous, concevoir leurpre'
« vojance , et vous donnez à vos débat*
« une publicité qui serait la chose du
« monde la plus dérisoire, si elle n'était
« pas la plus contraire au bien public.
(f Mais vous qui parlez sans cesse de res-
« pect et d'obéissance aux lois , repondez-
« moî. Quelest, deFassemblée ou du gou-
« verneur, celui qui sj soumet avec le
« moins de répugnance V M. de Blanche-
« lande a-t-il manifesté le moinJre éloi-
« gnement pour toutes celles qui sont
« venues de France?— Il n'aime pas la
« nouvelle constitution !.. Je ne lis point
« dans son cœur ; mais que ferait-il de plus
« s'il Fairaait que d'exécuter ce qu'elle
« prescrit , d'obéir à cequ'eile commande !
« Vous l'accusez de mal gouverner la co-
« lonie , et toujours il prend et suit vos
« avis 1 vous ditesqii'il trahit la France ,
« et il n'agit que d'après les ordres qu'it
« reçoit d'elle I—ll est suspect au peuple ,
'£s^iss?iajsk'i
(55)
( (îontila trompe les vœux et l'esperaîice.
:< — Mais vous ,nvez-vous mieux répondu
« à la confiance que ce peuple avaitmise
i en vous , et rempli les promesses que
< vous lui aviez faites ? — En un mot ,
■t c'est un aristocrate , il est vendu au
it parti de Coblentz , dont il favorisa les
< projets et le svstème. — Hëlasl Messieurs,
■i je dois le dire, maigre' les préjuges eieve's
K confre mon opinion : Coblentz n'est pas
K le plus dangereux ennemi de la colonie:
« plût à Dieu qu'il n'en existât point pour
a elle de plus redoutable I Saint-Domin-
K eue, qu'une fatalité aveugle semble en-
X traîner vers sa perte, pourrait encore se
K promettre , dans un avenir plus ou
[f moins éloigne' , des jours de gloire cl de
R bonlieur.
« Dans aucun tems, dans aucun pajs, le
« caprice et la violence n'ont rien fait de
« grand, de solide, ni de durable. Je n'ai
« pas besoin d'mvoquer les témoignages
a des siècles passes; il est inutile de fouiller
w dans les annales desautres peuples; portez
« seulement vos regards en arrière; refle-
« chissez sur dcsevënemens dont vous avez
« ete les témoins : voyez ce qu'ont produit
({ l'exagerationetlaliainejceqi^iestresulte'
« de nos présentions aiubitieuses, de notre
(c re'sistance : la perte de nos propriétés et
« la mort de nos frères , sont le fruit amer
(56 )
« jîenos dissentions. Que lesmalheurssoi
« lesquels nous gémissons , que les clësa-
« très p!u3 affreux encore qui sont àcraii]
« dre pour nous, rappellent l'union , 1
« confiance entre toutes les auîorilës. Dan
« lacarnèreoti nous nous sommes si impru
« demment lances , nous avons un guide
« ce sont les décrets du corps constili^ar
« sanctTonnës par le roi, soumettons- nou
« de bonne foi à la volonté souveraine
« Depuis trop long-tems les intërêf
« particuliers s'opposent au bien gênerai
« qu'il n j ait plus désormais qu'un seu
« parli, celui du bonheur public ;qu'ur
«seul moyen pour atteindre ce but
« le renoncement aux passions qui noui
« divisent. Si le patriotisme tant vanl(
« n'obtient pas de nous quelque sacrifice .
« si le besoin de la paix n'ëteint pas dans
« nos cœurs l'orgueil et la vengeance qu
« es agitent j si la crainte , hëlas ! troj
« bien fondée , qu'inspire la situatiou criti
« que oii nous sommes , ne nous ramène
« pas à la circonspection et à la sagesse , je
« le vois et le dis à regret : je n'ai plus qu'à
« pleurer sur le sort de ma patrie. »
Les citoyens du Cap furent alarmes
a une telle décision ; une autre assemblée
futconvoquëe pour le lendemain , oiiaprèî
de grands débats ,elle révoqua l'arrête qni
«restituait le gouyerneur, en luttant avec
courage
WÊÊÊms»
( 37) ^ . , \
contre les efforts de la minorité' factieuse
qui voulait le maintenir. Cette minorité',
dësespërëe d'avoir ëchouë contre M. de
Blanchelande , crut devoir s'en venger,
en forçant par ses mene'es et ses sourdes
intrigues les commissaires du Roi à re passer
en France.
^lu milieu du conflit des diverses fac-
tions qui de'ch'raient Saint-Domingue ,
chaque jour éclairait de nouveaux désas-
tres. Un des chefs des révoltes, le fa-»
meux Biassou , attaqua le fort du Bel-Air j
mais cette attaque ne fut pas heureuse
pour lui; un grand nombre des rei?^i!es
furent faits prisonniers; d'autres përireut
sur le champ de bataille. On ëvalua dans
le tems à pre's de *oo hommes la ^erte de
Biassou , qui faillit lui-même être tue ou
pris dans cette alFaire.
L'incertitude de la marche de l'asi«ra-
blëe coloniale e'tait le principal obstacle à
tout ce qui pouvait contribuer à réprimer
les factions , et à rétablir le calme et la paix
dans la colonie. Tout annonçait une pro-
chaine catastrophe; la faction des noirs
tendait à une désorganisation entière de
la colonie. On engagea alors M. de Blan-
chelande à mettre un terme aux préten-
tions désastreuses de cette faction ; en con-
séquence il se présenta à l'assemblée , oii ,
après lui avoir tracé la marche qu'elle d§«
St.'Domingue. C
_ f 58 )
Tait suivre, il termina son discours de la
manière suivante:
« J'aurais du me résoudre plutôt à la
« démarche que je viens de faire ; mais
« plus je vous ai montre de confiance,
« plus j'ai acquis le droit de vous dire la
« vérité. Je vous parle donc au nom dô
« la colonie , qui désire avec raison le re-
« tour de l'ordre et de la paix; au nom
w des o (Scie rs civils et militaires que vous
« avez, offensés par vos calomnies et par
« vos injures; au nom des hommes de
« couleur auxquels vous devez une exis-
« tence politique; au nom enfin delà mé-
« tropole , qui ne vous a pas constituées
« pour lutter avec elle d'autorité et de
« puissance , mais afin que vous lui pré-
« semiez une constitution qui, sans nuire
« à la France , fasse le bonheur de la co-
te loïiie. C'est à remplir les intentions de
« la première , qu'il faut consacrer vos tra-
ct vaux et vos veilles; c'est à mériter la
« reconnaissance de la seconde , que vous
« devez désormais borner vos vœuxet votre
a gloire. Quant à moi, pénétré de l'im-
« portance de mes devoirs , je tâcherai de
« m'en acquitler avec zèle et courage. Le
« premier de fous , sans doute , celui dont
« je suis spécialement chargé, c'est de vous
« rappeler aux vôtres, et de vous obliger
« à les remplir. Oui, Messieurs, il n'est
ÏS^i^Si^sSi^l
( 59 )
« plus tems de feindre : il faut que îa vo-
te lonte nationale s'accoîiîpiisse; c'est àmoi
« qui en suis le dépositaire , de vous pre'-
< venir (et je m'accuse d'avoir tant tardé
« à m'y déterminer) que dorénavant je ne
« sanctionnerai plus aucun de vos arrêtés;
« que je suis résolu à gouverner la colonie
a d'après les lois anciennes, jusqu'à ce
« que la constitution dont vous allez vous
« occuper, sans doute , ait été faite, ap-
te prouvée et sanctionnée ])ar le pouvoir
« souverain. Cette détermination , moti-
« vée sur les décrets, sera constante et
u irrévocable. »
Lorsque M. de Blanchelande eut cessé
de parler, un membre de l'assemblée prit
la parole et dit:
« Les propositions que M. le ge'nérai
« vient de nous communiquer sont si gra-
« ves , leur objet mérite si fort d'être ap-
te profondi, à raison de son importance
« et de ses suites éventuelles, qu'il serait
« impolilique et dangereux d'entamer une
« discussion à laquelle personne n'est
« préparé. Je fais donc la motion expresse
« qu'elle soit ajournée à une séance que
« l'assemblée déterminera. »
Cette motion fut rejetée, et le parti
du gouvernement triompha en ce moment
de l'influence des désorganisatetî^rs; mais
«e triomphe fui court. Parmi les lîommes
C2
êêSUê^
m
f 4o )
intéresses h semer le trouble et la dm-
sion , on distinguait M. l'archevêque , qui
entravait^ au Cap, par ses intrigues, la
marche des assemblées coloniale et pro-
vincîaie ; et un nomme Borel, de i'Artibo-
niie , qui , ayant transformé son habitation
en une espèce de camp, faisait des excur-
sions dans les campagnes voisines , contre
les mulâtres dont il dévastait les proprié-
tés. Uux- ci , pour user de représailles, in-
cendièrent son habitafion , dëtruisimu
une partie de ses troupes, et dispersèrent
i autre. ■
On avait lieu de présumer que le rôle de
ce pirate de terre touchait à sa fin. On éîait
Jlans 1 erreur. Borel , après s'être réfugié au
bourg de la baline, ramassa tous les débris
de sa troupe , fit un appel à tous les brigands
et les vagabonds de la colonie, et parvint à
en former une petite armée, avec laquelle
31 recommença ses excursions , qui furent
signalées par de nouveanx assassinats et de
nouveaux désastres. Le manque de vivres
ajant forcé de quitter la Saline, il ent
iimpudencede revenirau Cap , etse trans-
portant ensuite au môle Saint-Nicolas ii
J encouragea et seconda de tous ses efforts
ies visites domiciliaires, le pillage des ma-
Çasuis de 1 eial, renlèvement des bâtimens
a îeurs capitaines, la dispersion <;u l'assas-
«îiMi de îoui U^ officiers civils «t militaire.-
'iS^ëssssit^r*
( 4î )
enfin tous les excès rëvoîuh'onnafres, qui
se succédèrent alors d'une manière aussi
rapide qu effrayante.
On sait que rassemblée constituante
avait ^ par un décret du 24 septembre 1701,
déclare que les colonies étaient hors du
système appliqué par elle à la métropole.
1^ assemblée légisiative qui succéda à l'as-
semblée constituante, cassa cette loi, le
24 mars 1792^ prononça que les corps po-
pulaires seraient renouvelés, et les%ens
\?'j admis aux élections.
M. de Blanchelande, qui avait projeté
nn yojage a Samt-Marc. crut le mo-
ment propice pour l'exécuter, persuadé
que la promulgation du décret de l'as-
semblée législative dans cette ville et dans
toutes les paroisses de l'ouest , gagnerait à
jamais la confiance d.s mulâtres , et que
seconde par eux, il mettrait fin à la
révolte des esclaves du nord. En consé-
quence il partit du Cap, avec le commissai-
le civil Uoume, pour Saint-Marc , où il fut
jomt parM de Grimoard, commandan
ie Boree et la station de Saint-Domingue
tie camp. Ce ixefut pas sans difficultés que
le prem.er put se rendre aux ordres de
M. de Bancbeknde, l'équipage de son
vaisseau étant livré à l'insubordination et
a 1 indisciplme. h parvint si bien a caleulgr
€ 3
( 42 )
ses mesures, que les factieux cîu Borëe fu-
rent arrêtes, débarques et conduits en pri-
son . De cet instant , maître sur son vaisseau,
i! mit sur le champ à la voile, pour inter-
cepter les bâlimens charges de re'volles,
partis pour le Porl au-Prince, ayant à
îeurtêteM. Borel. Les ayant rencontrés,
il signifia à ce dernier de le suivre avec
sa ûotille. La résistance étant impossible,
force fut d'obéir; aussitôt que la flolille
de M. Borei et le vaisseau le Borée eurent
jeté l'ancre , M. de Griraoard , fit arrêter
M. Borel par un détachement de mulâtres,
qui le conduisirent en prison.
A son arrivée au Port-au-Prince,
M. de Blanchelande dont la faiblesse con-
nue aurait cédé aux prétentions des fac-
tieux , sans les conseils et l'énergie deM. de
Fontanf^cs , demanda à la municipalité l'ar-
restalion d'une trentaine d'agitateurs ; mais
ce dernier , usé par les fatigues et des bles-
sures dangereuses, et ne pouvant soutenir
une trop longue application aux affaires ,
ne fut pas à même de fortifier M. de Blan-
chelande dans ses premières résolutions.
Aussi ce gouverneur se laissa-t-il bientôt
circonvenir par dos inlrigans, qui par-
vinrent à obtenir de lui la grâce d'une
vingtaine de proscrits.
Cependant, on ne doit pas dissimuler
que sa présence au Port-au-Prince n'ait
( 45 )
fait avorter à celte époque les projets cTes
factieux et de'chu leurs espérances j les
gens de couleur revitirent dans leurs foyers^
€t on s'occupa à organiser les autoriîe's
conformément au vœu de la nouvelle loi
de rassemblée législative.
Il se rendit ensuite à Je'remie, oij il re'ta-
blit l'espèce d'ordre introduit au Port-au-
Prince. Un grand nombre des plus factieux
d'entre les mulâtres furent arrêtes, et le
reste fut expulse'.
A son arrive'e aux Cajes , M. de Blan-
chelande , toujours dans la louable iiilen-
tion de calmer ies esprits et de ramener ia
tranquillité', crut devoir faire des ouvertures
jîacifiques aux chefs des nègres révoltes. M.ais
l'assemble'e de cette province entrava ses
projets, et il fut oblige de nouveau de
marcher contre les mulâîres qui s'étaient
retranche's au sommet des Platons (ij.
Cette expédition ne fut pas heureuse. Le
gouverneur avait divise sa troupe de près
de 900 hommes en trois colonnes qui de-
vaient attaquer les rebelles le même jour ,
à lamêmehenre , sur trois points diffèrens s
mais un concours de circonstances impre'-
vues, ou des ordres peut-être mal don-
lîés , ou ma! conçus , s'opposèrent au succès
M
fi) Montagnes très-elevées qui bornent la plaiE®
«lu Fond.
f^'i^s^unitoamÊmmmiim
r
^
( 44 )
de l'attaque. La première colonne , mise en
déroule , perdit près de loo hommes. La
seconde , après avoir vu pe'rir son com-
mandant , prit la fuite dans le plus grand
de'sordre; quant à la troisième, n'ayant pu
rdsisler à 5 ou 4000 nègres, elle fut obli-
gée d'effectuer sa retraite ^ après avoir per-
du un certain nombre d'hommes. Bientôt
la riche et belle plaine du Fond fut re'duite
en cendr»s.
Le II aoiît 1792, M. de Bianchelande ,
après sa malheureuse expe'dilion , quitta
les Cajes et revint au Cap. Bientôt le
conseil de Saint-Marc qui avait pour pre'si-
dent on mulâtre, nomme Pinchinat, pro-
fessa les principes les plus révolutionnaires.
Ce mulâtre, qui a joué un certain rôle à
Saint-Domingue, n'e'tait pas un homme
ordinaire; i! joignait de rinstruction à
beaucoup d'esprit naturel; il possédait
ïnêrae le talent de parler et d'écrire avec
liue certaine éloquence. Né avec des dis-
positions à tirer parti des circonstances,
il embrassa d'abord la cause des colons,
en s'élevant avec force contre les corps
et les clubs populaires. Mais bientôt il
abandonna cette cause, et seconda la.
révolte des nègres.
Sur ces entrefaites , on apprît la création
et l'arrivée prochaine de nouveaux com-
missaires civils à Saint-Domingue, ainw
^S^^SS^à^Ti
(45 )
qne celle de M. d'Esparbès , nomme' gou««
verneur gênerai , à la place de M. de Blan-
cheîaale qui était rappelé', avec de nou-
velles troupes j ce qui n'empêcha pas ras-
semblée coloniale de continuer son travail
sur la constitution.
Le i8 septembre, la flotte vint mouil-
ler dans la rade du Cap. La desunion
commença à se manifester entre le ge'nëral
et les commissaires; ces derniers pre'ten-
dant que les troupes ne devaient obéir
qu'à^ leurs ordres. Le surlendemain , le
gênerai et les commissaires furent instai-
îe's. Des discours furent prononces par ces
derniers, qui firent en même tems le ser-
ment de ne jamais toucher à l'esclavage.
Polverel, le digne adjoint de Santhonax ,
lernsina son discours par ces phrases
remarquables:
« Si , contre toute probabilité, le corps
« législatif venait à se parjurer un jour; si ,
« entraîne par ies élans d'un enlhousias-
« me inconsidérés, il osait jamais attenter
« à vos propriétés, je déclare et j'atteste
« icï l'Etre suprême , que je n'obéirais point
« à ses ordres: je fais plus; je vous jure,
<« ô Colons I de me réunir alors à vous,
« d'abdiquer des fonctions et un pouvoir
« qui me feraient horreur, et de vous aider
« de tous mes mojeiis à repousser par
C 5
( 46 )
s la force , la plus horrible Ses injustices ,
« et la plus barbare des perfidies. »
Maigre ces beaux discours et les sermeiis
faits par Santhonax et Poîverel , on ne tarda
pas à s'apperçevoir que l'intention et les dé-
marches ostensibles de ces commissaires
étaient bien opposées à ce qu'on devait at-
tendre d'eus pour le bien de lacolonie; s'al-
tribuant les pouvoirs d'une véritable dicta-
ture, et profitant de la haine et de la de'su-
nion qui existait entre les deux partis,
c'est-à-dire entre l'assemblée coloniale et le
gouverneur géne'ral, ils commencèrent à
mettre à exe'culion leur projets révolu-
tionnaires, en établissant une commission
intermédiaire et un club, et en favorisant
les prétentions des esclaves. On vit alors
renouveler au Cap les mêmes scènes qu'à
Paris; les mots liberté^ égalité, retentis-
saient à toutes les oreilles : vivre libres ou
mourir , vive la nation, à la lanterne tous
les aristocrates ! étaient lès inscriptions
qui se lisaient en caractères tricolores sur
les bannières et les drapeaux ; et les chants
de la Marseillaise et de Ça ira se faisaient
entendre dans toutes les fêtes patriotiques.
Les factieux cherchèrent à soulever en
leur faveurle régiment du Cap , à ébranler
sa fidélité, et à l'insurger contre ses chefs;
leurs tentatives furent alors sans succès.
Le commissaire Sanlhonax n'en conti-
■ Ild I I— I 11 I I I I
( 47 )
Tîua pas moins ses sourdes menées; aîiisî
que l'un (lèses collègues, Polverel; son but
était de faire une révolution au Cap ^ et
elle ne tarda pas às'efïecf uer. Sur ces entre-
faites eutra dans la rade une escadre qui
avait été destinée pour les îles du Vent, et
portant 1800 hommes de troupes sous les
ordres du général RocUamheau ; les co-
lons de la Martinique, de Sainte-Lucie ,.
et de la Guadeloupe, n'ayant pas voulu les
recevoir, ils avaient été obligés de se rendre
au Cap. Cette escadre apportait avec elle
un certain nombre de jacobins renforcés,
qui , devenant les artisans de nouveaux
troubles , secondèrent les projets du club y.
entretinrent la division et la haine entre
les autorités et les prétentions des mulâtres^
et des nègres. Pour surcroît de malheur et
de désolation, Borel , ce perturbateur de
Tordre, dont nous avons signalé les excès
dans le cour de cet ouvrage, était sorti
des prisons de Saint-Marc; on vit aussi
figurer parmi ces faiseurs d'insurrectionsuiaf
nommé Laveaux, lieutenant-colonel dm
régiment des dragons d'Orléans^ vena de
France avec la Commission.
Tout annonçait une explosion; ©n îie
parlait depuis plusietsrs jours que de pros-
cription et de déportation. Le club avait
déjà marqué parmi ses victimes M. de Gaïia-
Befart , ma[or du régiment du Cap j obb®
(48)
devait rien moîns que de Faccfocher à m
réverbère, comme ennemi delà chose pu»
fin^r';. '"\^^"'^' ^"^ favorisait secrè-
tement tous J/es mouvemens insurrection»
îiels, restait dans l'irrésolution
Cependant, le 17 octobre, l'agitation
se manifestait partout,. l'eiFervescence du
club était a son comble, et sur la place
dermes, Je tumulte croissait de Lart
d heure en quart d'heure. On alla préLir
M. dEsparbesde tout ce désordre: ce
vieillard dont la faiblesse et la nullité
étaient reconnues, ne paraissant pas beau-
coup s alarmer, ce ne fut qu'à force de
prières et de' sollicitations , qu'on parvint
a le convaincre que les choses étaient pous»
sees a un tel pomt qu'i^ était urgent qu'i!
prit un parti pour s'opposer au mouvement
reyoluUoooaire.Cenefutpas sans peine
qu on le uelermma de se rendre à la com^
irassion cmle accompagné de quelques
flancs et de plusieurs hommes dérouleur;
^lors faisayt un eiïort sur lui-même, il
crut devoir déclarer aux commissaii'es
que le cîuDetablisans sa participation, était
«ne mfraciion à la loi, d'autant plus que
ce club, to..t-à~la-fois illégal et tjVanique,
compromettait a tranquillité publique,'
3lterminasadec)arationainsi:«En consé-
quence, a^rnom de tous les officiers,
« tfe presque tous les colons rassemblés!
V J»
Tmrm" — in ■ i i
(49)
« et même des mulâtres que ce cîuî> epoo-
• vante , je viens en demander, exiger la
« suppression. »
Cette déclaration parut faire queîqoe
sensation, et la fermentation semblait
s'assoupir. Mais le ic) octobre , au point da
jour, on battit la générale; une partie de
la troupe fut mise sous les armes; ce qui
n'empêcha pas les prétendus patriotes de
montrer la re'solution d'en venir à un coup
de main , et de marcher avec du canon aux
casernes, pour se saisir de M. de Caoïbe-
fort. Ils s'avancèrent effectivement, pre'ce'-
de's de quelques pièces de canon; les soldats
indignés de l'audace et de la tentative de
ces insurgés contre un de leurs chefs,
montrèrent la plus ferme résolution de
repousser la force par la force. M. d'Es-
parbès , secouant encore en cet instant
cette faiblesse et cette nulliié dont il atait
donné tant de preuves, se montra au mi-
lieu des troupes , l'épée à la main.
« Militaires de tous grades . cria- t-il d'un
« ton chevaleresque , vous qui composez la
« garnison de la ville, apprenez que des fac-
« tieux ont osé forcer le parc d'artillerie
« confié à votre garde , et se sont emparés
« des canons dont ils vont bientôt diriger
« ie feu contre vous. Gelte offense faite
« a votre honneur, ne doic pas rester impu-
« nkt sensible comme vous à une tell®
KdiSKuikiBaa
( 5o )
« injure , votre ge'nëral va vous monlrer ^e
« quelle manière on doit la venger. Soyez
« prêts à me suivre 5 je vais marcher à
« voire tête.
Après une telle harangue , on devait
s'attendre que le ge'néral marcherait contre
les révolutionnaires et qu'il les mellrait
en fuite. Mais il perdit le tems , en voulant
user de la voix de la douceur et de la paci-
fication; en conséquence il se rendit à la
commission civile qui avait organisé l'in-
surrection, et qui fit signifier à M. de Cam-
befort de se rendre sur-le- champ à bord
du vaissseau l' Eole.
Les rëvolulionnairesqueles commissaires
avaient mis en mouvement, se portèrent
aux plus grands excès. Après être parvenus
à faire insurger les soldats contre leurs
chefs , ils se portèrent avec fureur contre les
gardes nationaux à cheval commandes par
M. de Cagnon , etuncowp depistolet abattit
ce commandant; imitant alors les scènes san-
glantes qui se passaient alors en France, ris
exercèrent mille horreurs sur son cadavre.
Deux volontaires périrent à cote de leurs
chefs; les autres jugèrent à propos de
chercher leur salut dans la fuite; pendant
plusieurs jours on les chassa comme des
bêtes fauves, et leurs propriétés furenî
saccagées et livrées au pillage.
Comme l'intenlioa des commissaires
TBrigtPT-niiTMiwaT "igr^""-^^ -'*"■
(5i )
était de tout bouleverser , presque tous îe§
officiers des corps furent embarqués pour
retourner enFrance, et ils furent remplacés
par des militaires qui avaient pris part à
rinsurrection.
Le club reprit ses séances : son premier
soin fut de faire des listes de proscription ,
sur lesquelles furent couchés les iioms de
tous les blancs, riches propriétaires. La
faction anti-coloniale, c'est-à-dire, celle qui
avait résolu l'expropriation et la destruction
de Tespèce blanche , seconda merveilieuse-
inentles projets des commissaires San-
thonaxet Polverel. Ce dernier disait hau-
tement que, pour être utile et salutaire,
la révolution devait être totale. « il ne
« faut, ajouta-t-il , avec une emphase aus-
« si révoltante que ridicule , dans toutes
« les magistratures, que des personnes pé-
« nétrés de l'excellence de ses principes ^_
« on doit ôter les places à tous ceux qui
« les ont obtenues de l'ancien gouverne-
« mentj se défier, et bien plus, bannir
« de la colonie quiconque, en manifes-
« tant des craintes, peut être justement
« soupçonné de ne pas croire aux bien-
« faits de la régénération.
On doit présumer facilement que des
discours aussi incendiaires ne pouvaient
manquer d'enflammer les esprits de toutes
les têles un peu chaudes^ de tous ces fau^
(52)
patriotes qn{, n'ayant tkn h pcrdlre, ont
aucontraîretoutà gagner dans ie trou-
ble H le désordre , et surtout de ranimer
et d'entretenir l'espoir de tous !es inîrî-
gans qui pullulaient dans la ville. Les
oflîciers des divers régimens qui étaient
au Cap, furent obligés de donner leur
deœis&ion ; ils furent remplacés en grande
partie par des mulâtres, protégés par les
commissaires. M. d'Esparbès crut ne pou-
voir mieux faire, dans cette occasion, ooe
de donner sa démission , et de s'embarqier
sur une frégate qui fit bientôt voile pour la
l-rance.^ M. de Rochambeau fut nommé"
générale la place de ce dernier. Une Ré-
putation fut ensuite choisie pour afier sol-
liciter à Paris l'affiliation du club du Cap
avec la société des jacodins.
La révolution opérée au Cap , n'était
que le prélude de celles que les commis-
saires Santhonax et Polverel se propo-
saient de faire dans les autres parties de
la colonie En conséquence, Santhonax se
chargea de travailler le nord, tandis qise ^
son collègue Polverel insurgerait la pro-
vince de l'ouest. Quant au troisième com-
missaire, nommé Ailhaud, on l'invita â'^d'
îer dans le sud, retremper les esprits à la
hauteur des circonstances. Mais ce p-r-
sonnage qui ne partageaitpoint les opinions
de ses deux collègues , accepta cepmdmi
'-JhSnmm
( 55 )
sa mission, et partit pour sa province,
ponrj réfléchir à sa position, et déter-
miner ce qu'il devait faire dans des cir-
constances aussi critiques. La situaîioo
deê affaires ne le laissa pas longterns dans
î'indecîsion; car, après s'être arrête' deux
on trois jours à Le'ogane, sans vouloir se
rendre aux Caj'es, il prit la re'solution de
retourner en France, pour inslruire le
ministère de la véritable situation de
Saint-Domingue.
Polverel, en se rendant an Port-au~
Prince, voulait s'arrêter à Saint-Marc;
mais on lui signifia d'en partir, attendu
que les habjtans n'e'taient pas dans les
dispositions de souffrir les scènes sanglan-
tes et les proscriptions exercées au Cap,
ainsi que l'établissement d'un club , propre
à tout bouleverser : en dernier résultat,
on se débarrassa momentanément de ce
commissaire jacobin, en lui donnant une
somme de 4f>îOoo francs.
Arrivé au Port-au-Prince , Polverel y fut
reçu avec enthousiame. Le départ de
M. Ailhaud laissa à son gouvernement
les provinces de l'ouest et du sud. M. de
Fezenzac, commandant de cette dernièrej
fut arrêté au môte, et constitué prison-
nier sur une frégnle.
Tout le pouvoir était passé dans les
mains des deux commissaires Sanlhonais.
« •
(54)
et Polverelj aussi en usèrent-ils avec lati-
tude j et au Cap , comme au Port-au-Prince
et aux Cayes , ils voulurent tout régénérer.
On destituait, on incarcérait sans motif.
Après avoir déplacé tous les fonction-
naires publics ils établirent des taxes
subventionnelles , qui étaient le quart des
revenus du propriétaire. La division, à ce
sujet,- se mit entre les deux commissaires;
mais, après une entrevue qu'ils eurent à
Saint-Marc, tout s'arrangea à l'amiable.
Le prélexte de tout ce bouleversement
était la révolte des nègres, contre lesquels
il fallait prendre des précautions et
amasser de l'argent pour pajer la troupe.
Cependant comme on ne faisait rien de
tout cela, le peuple se mit à murmurer :
Santhonax qui, malgréson audace , redou-
tait l'influence et la mobilité de l'opinion ,
donna l'ordre à M. de Rochambeau d'atta-
quer les rebelles dans l'est et de les chasser
d'Onanamyntbe. A cet effet, ce général
s*embarqua avec des troupes et des muni-
tions , se rendit au fort-Dauphin , se diri-
gea ensuite sur le camp occupe par Jean
François, s'en empgtra, etj établit un poste
qui rouvrit les communications avec la
partie Espagnole. On ne poursuivit point
les nègres dans les montagries oii il s'étaient
«nfuis, et M. de Rochambeau revint a»
Cap»
^imtimsw^^stsammiÊS^SÊBs^sis^mi,
(55)
L'expédition clu fort Dauphin ne fit
point cesser les troubles. 11 y avait trop
d'aniœosite entre les deux partis, pour
espérer, du repos et de la tranquillité. Les
machinations des commissaires civils,
l'intolérance des mulâtres, le repos dans
lequel on laissait les révoltés, et enfin
plusieurs autres causes qu'il serait trop
long de déduire, devaient nécessairement
amener une catastrophe quelconque. Elle
fut accélérée par les prétentions des
mulâtres , qui , non contens des concessions
qu'on leur avait faites, voulurent des
distinctions militaires. La commission
civile, dont le but était de tout désorga-
niser, accueillit sans hésitation ce qu'elle
aurait dû repousser avec indignation,
et malgré les remontrances des gens sen-
sés, des mulâtres furent promus au rang
d'officiers et aux gardes supérieurs dans
tous les régimens de ligne , sans avoir passé
parles grades subalternes. Ces promolions
révollèrenl les soldats de tous les régimens
et principalement ceux du régiment du
Cap, qui manifestèrent la plus vive
indignation qu'on voulût les soumettre
à des affranchis dont la plupart avaient
été domestiques. Cependant, à l'instiga-
tion du commissaire Santhonax,les soldats
des autres corps admirent pour officiers ,
dans tous les grades, des hommes de cou-
BS.'«l%
( 56 )
hm; n n'y eut que le seul ré^lmont an
A>ap, quî persista dans son refus. On en
Vînt aux voies de Un. Vne fusillade s'établît
au miheu de la ville entre ce reginient et
les mulâtres. Ces derniers, incapables de
résister a des troupes de ligne, scriireot
en hâte de la v.lie , et coururent se
rallier au poste du haut du Cap dont il
s emparèrent, faisant prisonniers tous les
flancs qui s> trouvaient; re'sultat qu'on
dut prévoir , et qu'on ne prévit pas.
Une grande faute que l'on commît fut
rfe ne pas poursuivre les mulâtres ÎVpée
dans les rems, leur ôîer le tems de se
reconnaître, et de s'emparer de leurs
patrons qu on aurait de suite embarqués
pour ia France. Mais ce n'était pas l'in-
tention de Santhonax de mettre un frein
a I insolence de cette caste. Les hommes
de couleur furent rappelés. Dans un dis-
cours que ce commissaire prononça au
champ de Mars , il les félicita sur l'énerme
de leur conduite , en leur répétant plu-
sieurs fois que la résistance à 1 oppression
était le plus saint des devoirs.
Des arrestations et des déportations fu-
rent le résultat de la journée du 2 décem-
bre J792; Santhonax, qui ne cherchait
qu a semer la discorde entre tous les par-
tis, parvint à donner à la commission
€mk une autorité qui fit tout plier sous
i
tlMWTf .-WV!
/KSS^SSë^aBBHKâiSSëâiâg^^^ié&l
( ^^^7 )
elle, et fît préjuger d'avance les malheurs
[|ui devaient accabler la colonie de Saint-
Domingue.
En réfléchissant sur la conduite et la
politique des commissaires civils, on ne
pouvait se dissimuler qu'ils étaient de
connivence avec les hommes de couleur et
[es nègres révoltés , et qu'ils faisaient servir
alternativement les uns et les autres à
[*exécutioti de leurs projets révolutionnai-
res. Comment avez-vous traité, pourrait-
an kur dire, les homînes de couleur, per-
veriis d'abord par voire macbiavélisrae ,
puis tour-à-tour accueillis et opprimes
par vous j et les nègres , que vous avez
précipités dans tous les excès , ne de-
vraient-ils pas vous adresser ainsi leurs
plaintes :
« Vous nous avez rendus barbares et
« féroces, vous avez mis dans nos mains
M la torche et le poignard^ vous nous
« avez dit : lucendiez , violez , massacrez ,
« tel est le vœu de l'assemblée nationale^
« soyez sans pitié , sans remords ; plongez
u le fer dans le sein de vos maîtres; ainsi
(( le veut l'autorité qui brise vos chaînes,
« Produisez les villes en cendres, faites de
« la colonie un vaste désert: à ce prix
« i-eul vous pouvez conserver la liberté qui
« vous est rendue, et que vos tjrans
« s'obslincïil à VQU§ refuser. — Ignorunset
(58)
a faibles , comment ne pas croire aux
« paroles de ceux qui se présentaienl
% commenos bienfaiteurs? pouvions-nous
« soupçonner leurs intentions? Et cepen-
« dant vous nous avez trompes! La liberté
<f n'a enfante ici que des malheurs et des
« crimes; Tinfortune nous accable; îa
« mort a moissonne la moitié de notre
« caste. A la place de maîtres intéresses à
« notre conservation , nous n'avons plus
« que des despotes impitoyables, qui se
« disputent l'honneur de répandre notre
« sang. Ainsi ce bien si vante, qui devait
« faire notre bonheur et notre gloire, est
« la source empoisonnée de tous les maux
« sous lesquels nous gémissons, et la
« cause du fléau le plus épouvantable qui
« jamais ait désolé l'espèce humaine. »
Cependant, tandis que Santhonax fai-
sait faire des dispositions mihtaires , pour
soumettre , selon lui , les brigands du nord,
il envoyait le mulâtre Pinchinat à Saint-
Marc , pour mettre les nègres en révolte
ouverte.
Une expédition à la Grande-Rivière fut
résolue; Santhonax, qui contrecarrait en
tout les dispositions les plus urgentes à
prendre, fut obligé de céder au vœu ge'né-
ra!. I.e but de cette expédition était d'ac-
culer les esclaves révoltés dans le bassin de
la Grande-Kiviére. En conséquence , M. de
:iaBHB^S£â«îiaHBHâiBi;^â;ëBi:sSji^i
( 59 )
Vully, lieutenant-colonel du régiment de
Rohan-Soubise, et commandant des trou-
pes de l'ouest, les divisa en piusieurs
detachemens , qui attaquèrent les postes
des rebelles qui s'étendaient delà Marme-
lade jusqu'à l'extrémité du Limbe'. Tous
furent enlevés ou mis en fuite.
Le commandant des troupes du cordon
de l'est, qui devait attaquer les rebelles
de cette partie , au même instant que M.
de Nullj dirigeait ses attaques contre ceux
de l'ouest, soit ignorance, soit perfidie,
n'ajant pu parvenir à occuper les hau-
teurs qui lui avaient été* indique'es , rentra
au fort Dauphin, vingt-quatre heures après
en être sorti.
Le général Lavaux, qui avait sous ses
ordres les troupes du Cap, se mit en mar-
che, après avoir partagé son corps en
trois detachemens , à la tête desquels il
mit des ofïiciers distingués par leur mé-
rite et leur bravoure. Un de ces detache-
mens pénétra dans la Grande-Rivière, par
le côté opposéau fort de la Tannerie , dont,
après un combat assez vif , il parvint à s'em-
parer. Biassou , un des chefs des révoltés ,
qui le défendait, saisi d'effroi, et crai-
gnant de ne pouvoir effectuer sa retraite,
abandonna le champ de bataille avec ses
soldats. De ce moment ce ne fut plus
qu'une déroute. M. de Piussyç à la tête ds
K^^'^Va
( 6o )
ïa cavalerie , pënetra dans la plaine de la
Grande- Rivière, et poursuivit les fuyards.
Mais cetîe expédition, exécutée le i8
janvier 1795^ qui eût eu le plus grand suc-
ces , SI elle eût été mieux concertée, ou si
des causes secrètes n'en eussent empêche'
l'heureux résultat, devint presqu'inutile.
En commettant la faute d'attaquer trop
tôt les nègres , Qn se mit dans l'impossibi-
lité de les entourer et de les circonscrire.
Ces derniers s'enfuirent dans les monta-
gnes, à l'orient de la Grande-Rivière, et
dans celles du Dondon , qui n'étaient point
occupées par les blancs. On se rendit
maître néanmoins du Dondon, et M. de
Nully fit mettre bas les armes à quatre
cents nègres, qu'il avait rencontrés dans
sa marche.
Tous ces succès, quoiqu'incomplets, au-
raient été suivis de résultats assez heureux
pour la colonie, si Santhonax, par sa
conduite et ses arrêtés, ne fût parvenu
à les rendre presque nuls.
A la même époque, on vit éclater une
insurrection nouvelle dans la plaine du
Cul-de-Sac. Le fameux Borel, capitaine-
général du Port-au-Prince , marcha à la
tête de quinze cents hommes contre les
insurgés, et fit arrêter M. de Jumécouft,
maire de la Croix-des-Bouquets , et M.
Coulard , maréckal-decainp et ancien gou-
verneur,
( 6i )
l'erneur, pir intérim ^ qn'il fît conduire
dans la prison du Port-au-Prince.
Tout était dans la confusion; on ne
j'entendait plus, ou plutôt on ne voulait
plus s'entendre. Les prétentions des muiâ-
Lres, la re'volte des nègres, la haine des
:oramissaires contre les blancs qu'ils as-
piraient à dépouiller entièrement de leurs
propriétés, n'étaient pas propres à faire
:esser les troubles et les divisions dans la
:o!onie.
Polvereî et Sanlbonax se rendirent à
Saint-Marc, où ils firent exécuter^ à l'e-
templede la métropole, toutes les jongle-
ries révolutionnaires, comme rhj'-înne des
Marseillais , et Ça ira, et publièrent des
proclamations pour justifier leur armement
contre le Port au-Prince, qu'ils préten-
daient avoir méconnu leur caractère, et
i^ouloir en même tems se soustraire à la
i^olonté nationale.
La municipalité du Port-au-Prince, ef~
Frajée des préparatifs formidables qu'on
faisait contre celte ville j^avait beau en de-
tnanderla cause; on ne lui répondait point;
elle avait beau prouver qu'il était aussi f b-
jnrde qu'inutile d'armer contre une vjlle
soumise; même silence; sa perteétaif réso-
lue. Sur ces entrefaites, on apprit a, Saint-
Marc la défaite des mulâtres de Jérémie^
cette nouvelle hâta le départ de l'armée
St,'Domingue. D
■^^'^»
( 62 )
destinée contre le Port-au-Prince, arme
qui fut renforcée par tous les ÎDrigands
les vagabonds et les esclaves^ se'duiis p£
les promesses qu'on leur fit du vol et d
brigandage, qu'ils pourraient exercer im
pune'raeîit. Celte mesure, qui re'volta beai
coup deraonde, et surtout les proprîëtai
res mulâtres, deîer.TiinaSaiithonax, maigi
lui, à défendre lotit enrôlcaient d'esclaves
qui était, ajonîa-t-il , une violation de la î<
fondamentale du regisne des colonies.
Nous allons maintenant transcrire 1(
fragment de deux adresses des hommes d
couleur de Snint-lVlarc e! de la Croix-dc5
Bouquets qui parurent alors. Ils sor
propres à faire juger quel était l'espr
qui auiiinait cette caste, et qu'elle était 1
moralité des personnes qui jetaient paru
les individus qui la composaient, k
brandons de la discorde et de la révolte.
« Eni^urons, disaient les premiers , U
« délègues de !a republique, faisons-Ieu
« un rempart de nos corps • leurs jou!
« sont menacés. Que nos têtes lomben
« mille fois sous les coups de nos ennemis
« plutôt que de laisser avilir un instant le
« lois delà rc-pnbliquel Que nos ennemi
« tremblent eu voyant la courageuse ar
<( deur que nous allons mettre à o Itérer e
« anéantir ccfîe faction insolente, dor
« le foj^er se trouve au Port-au-Prioce
(65 )
Jnrons tous de ne point revenir mjc Te
dertner ne sott extersiiiiie I F.l vous^
ciunens, régénères comsne nous , vous
que ces sceicrals crible's de d* Ues et de
critiies appelaient autrefois pelits-blancs;
vous qu'ils caressent bassement , ne
vous laissez point ailerà leurs suggestions
perfides! Amis, plus de repos, plus de
grâce j écrasons cette vermine infecte
qui porte la désolation jusque dans nos
mornes les plus recuîe's j songeons que les
ennemis extérieurs défendent impérieu-
senaent de composer avec les agitateurs
qiîi sont dans notre sein , et purifions
par la mort celte terre encore furaante
de sang et de crimes. »
(P Volons, chers atnis , s'e'criaient fes se-
conde, volons au siège du Port-au-
Prince* plongeons nos bras ensanglantés^
vengeurs du parjuroct de la perfidie, dans
le sein de ces montres d'Europe; assez et
trop long-lenns nous avons servi de jouets
à leurs passions et à leurs manœuvres in-
sidieuses; assez et trop long-tcms nonâ
avons gémi sous un joug de fer. Détrui-
sons nos tjrans ; ensevelissons avec eux
jusqu'au moindre vestige de notre igno-
minie : arrachons jusqu'aux racines les
plus profondes cet arbre du préjugé r
engagez les uns, intimidez les autres; pro-^
mutiez^ menacez ; entraînez dans notre
D k ■
i
(64)
u marche les citoyens blancs et vertueux;
« mais, surtout , chers amis, union , ce'lë-
« rite, courage! Amenez armes , bagages ,
« munitions de guerre et de bouche, et
«t -venez de suite vous rallier sous l'e'len-
« dart commun. C'est là que nous devons
« tous périr ou venger Dieu, la nature,
« la loi, et l'humanité si long-tems outra-
« gés dans ces climats d'horreur. »
Ces adresses , qui avaient été' dicte'es par
les commissaires, répandirent Teffroi et
la terreur dans toute la colonie , mais
principalement dans la ville du Port-au-
Prince, qui voyant enfin que toute voie de
conciliation lui e'tait fermée par les pro-
consuls , résolut de repousser la force par
la force et de s*enseveiir sous ses murs :
résolution digne des plus grandes éloges,
mais qui ne fut pas soutenue, comme on
le verra par la suite.
Cependant les commissaires , embarqués
à bord de VAwéricay voulurent diriger
oux-mêmes les forces maritimes contre le
Port-au-Prince, tandis que les généraux
Lasalle et Desfourneaux s'avançaient par
terre à Ta tête de leurs troupes.
La municipalité, à la vue de telles for-
ces dirigées contre la ville , eut beau faire
des protestations contre l'attaque qu'on se
préparait à faire contre elle, et accuser
de violence et de tyrannie les commissai-
TlMWnffllIIW
^■BâffiS^SS^MâaHHHBâBiSgSââisS;^^
( 65 )
r<»» , rien ne fut écoute; le lo avril 1795 j,
ces mêmes commissaires envoyèrent une
lettre à (a municipalité', par laquelle ils
lui enjoignaient de rendre la ville dans
vingt-quatre heures. Une pareille pro-
position souleva tous les esprits, et on se
prépara à une vive défense. Mais la force
n est pas toujours à côté de la justice et
du bon droit Le terme de vingt-quatre
heures e'iait à peine expire', que les vais-
seaux commencèrent à tirer sur la ville.
Deux mille boulets furent lance's sans in-
terruption , et le feu commençant à se ma-
nifester dans divers quartiers , la désola-
tion et le de'couragement s'emparèrent
deshabitans, qui résolurent alors, pour
faire cesser les horreurs du siège , de se
rendre à discrétion.
Les commissaires , enorgueillis d'une vic-
toire remportée aussi lâchement, ne tar-
dèrent pas à apprendre à la ville par une
proclamation, comment ils prétendaient
user des droits du vainqueur. Comme l'ar-
gent est bon en tout tems , ils commencèrent
à frapper les habitans d'une taxe de 400,000
francs. A cette taxe succédèrent le pil-
lage , les vexations , les proscriptions. Cinq
cents d'entre les habitans furent arrêtés ,
et déportés sur les différens bâtimens de
î'état. On ne crut nullement nécessaire de
les entendre et de les juger. De telles for-
D5
(66)
malites ne convenaient pas au"X eom--
missaires Satithoiiax et Polverel , dont les
senlimens bien connus et la conduite re'-
volulionnaire ne tendaient qu'à mettre
tout en combustion. Aussi favorisaient-ils
les prelentions sans bornes des mulâtres.
Après avoir commis toutes les exactions
possibles au Porl~au-Prince^ re'composé
toutes les autorités , et déporté un grand
nombre de ses habitans^ les commissaires
organisèrent un corps de nègres esclaves y
enlevés à leurs maîtres , auxquels ils don-
nèrenS la !iberlé,et dont ils eomposèrent
une le'gion dite de Feg alite.
AJacmel, où ils se rendirent ensuite,
ces commissaires agirent à peu près comme
ils avaient iail au Port-au-Prince.
La Grande-x\nse restait à soumettre. IIs^
envoyèrent Pinchinat et Rigaud à Jére'-
mie, à la tête de près de neuf cents
hommes , pour réduire les quatre parois-
ses prétendues rebelles , avec des pouvoirs-
très -étend us. Le conseil ge'nëral de la
Grande-Anse , qui avait le plus grand in-
térêt Jï prévenir l'orage qui était prêt à
fondre sur elle, envo_ya une députation
au caiTip des mulâtres, pour leur faire
des propositions , et en venir à un ac~
comii.edeinenh Le mulâtre Pinchinat re-
jeta avec insolence les conditions raison-
nables des d^'put^'s , eu leur faisant eii'-
iiflifraiiiiiii—
'^SSSâ^S^^tëSCi
n Jre qne le jour de la vengeance é
rive. t{ On ne veut pas de conditions , rap-
portèrent à leur retour ies députés au
comeil assemble,, i! faut vous soumettre
proaîplement à la discxélion de vos bar-
bares ennemis. »
Après une telle re'poiîse, il u'y avait
usa balancer; et les blancs, justement
dignes des prétentions audacieuses de
s miïlâtres , et ne consultant plus que
ar désespoir, résolurent de s'ensevelir
us les débris de leurs habitations. Les
mmes, même ,^ partageant U!î dévoue-
eut si sublime,, sortirent de la ville, et
ièrent se réfugier dans un camp établi
ir une hauteur inaccessible. Tout le-
onde prit les armes ^ tous les enclaves
irent enrôlés comuie soldats , et le fameux,
rment de vaincre ou de mourir fut pro-
ancé avec un enthousiasme qui devait
re suivi et couronné du succès» Le&
îus petit- s armées furent bientôt en pré-!-
nce»Les blancs fondirentavec irapétiro-
é sur les mulâtres, et après un combat
ni ne fut pas un instant douteux, ils lesi
lillèreoten pièces. L'insolentPiîichinat ^
arcelé de loutes parts , après avoir perdiik
uatreou cinf| cents des siens, fat obligé'
e prendre honteasem.ent la ^"uitc.
Cette déroute des mulâtres dérangeai
n peu les^ pïo[ei& des eosuaissaws Saia*
ëfin
'mm»
f 68 )
tlîonax et Poîvereî , mais ne les rebut?
point. Maigre la soif de la vengeance qu
les dévorait, ils sévirent force's de remelln
à d'aiitio tems les mesures propres à sou-
mettre les habjîans de la Grande-Anse,
Ce qui ne les empêcha pas , avant de quit-
ter !e Port-au Prince , de publier dos pro-
clamations et des reglemens relatifs am
Tîègres, rédiges en patois nègre, dans leS'
quels ils apprenaient à la classe des noir;
que l'insurreclion était le plus saint de;
devoirs.
Sur ces entrefaites , arriva à Saint-Do-
mingue M. Galbaud , nommé gouvernem
général de l'île. Quand aux commissaires .
ils retournèrent au Cap.
Deux jours après son arrivée, le gou-
verneur général fit une proclamation,
dans le genre de celles que faisait la Con-
vention nationale, et dans laquelle, er
vertu de la sublime loi dn républicanisme .
on sappait les véritables fondejnens de
îa société, tout en prêchant l'égalité et
îa fraternité.
M. Gaîbaud sur qui les colons avaieni
fondé queîqu'espoir,'pour faire cesser Ig
désordre des finances et rétablir la tran-
quillité, se montra au-dessous desa place ,
par son incapacité dans toutes les bran-
ches de radrainistralion. A Fépoque où
ce gouverneur général arriva à Saint-
i
(69)
DorainguG, maigre la taxe subvention-
nelle établie par les commissaires dépré-
dateurs j la colonie sans argent manquait
absolument de tout.
Ce gouverneur gene'ral avait bien ap-
porte' avec lui une somme de 1,800,000
francs ; mais il prétendait qu'on ne devait
y toucher qu'à la dernière extrémité',
attendu que c'était le dernier sycrifîce
que la métropole pouvait faire pour sa co-
lonie; en conséquence, on crut devoir
chercher d'autres ressources , et emplojer
de nouveaux mojens; et M. Galbaud ,
à la suite d'une proclamation dans laquelle
il exposait les besoins de l'île, convoqua
au Cap , le 18 mai 179^, une assemblée
extraordinaire , à laquelle furent appele's
la municipalité, les membres delà cham-
bre de conuiifrce de la ville , le comman-
dant de la station , un grand nombre d'of-
ficiers de la marine et plusieurs capitai-
nes marchands.
Dans celte assemble'e , le gouverneur,
après avoir fait le tableau du de'nuement
où se trouvaient toutes les parti es matérielles
de l'administration , annonça qu'il ne dou-
tait pas que les républicains ne s'imposas-
sent des sacrifices pour venir au secours de
la chose publiqne,
M. Galbaud, qui probablement ne se
«entait pas propre à entrer dans des détails
( 70 )
Cfiu lai étaient peut-être e'trangers, chargea
le comiïiisaire-ordonnateur Masse, qui était
venu de France avec lui » de les exposera
l'asseiiiblee: celui-ci proposa donc pour
remplir les vues du gênerai , « qu'une vi^te
« ^e'nerale, faite par uue commission ad
« Jioc , eût lieu à l'effet de connaître les
« quantités d'oLjets de subsistance et
« autres , ne'cessaires au service de l'adrai-
«nistraîion, exisîar|tes dans la ville dut
« Cap, d'après l'état signe par elle, vise par
« la municipalité, présenté à la commis-
« sien intermédiaire et approuve' par le ge'-
« fierai j qu'en outre il fût convoque une
« assemblée composée des capitaines et des
« chefs des maisons de cotnmerce, la-
« quelle réunie à l'asseniblee délibérante ce
«jour, fixerait le prix d'estimation com-
« mercia!e des objets qui auraient étélivre's
« au magasin général , ai dont le paiement
« devait se faire en traites sur la trésorerie
« nationale. «
Cet ordonnateur, qui était à la hauteur
des circonslaoces , pérora beaucoup dans
cette asseniblée , et ne dissimulant point ses
sentimens républicains , termina son dis-
cours par celte phrase remarquable:
« Dans un tems de révolution, on n'a
« plus le choix des moyens, et on aurait
« tort de se montrer trop scrupuleux î le he-*
C 70
¥ soin îe pins essentiel est de Targent^ celte
« îicccssile' jtislifje tout (ï). »
Cependant , les Anjjjlais qui tenaient
alors la mer, faisaient !e plus grand lort
au commerce. On se plaignait hautement
que les comiaissaires Santhonax etPolverel
ne prenaient aucun mr.yen pour s'opposer
aux pirateries des corsaires de ceîte nation.
Ceux-ci so<xH*ièrpn* M. de Cambis, cern-
mandant de la sîntion française , de se
meîîre en mer, pour protéger le comniprce
de File. Celui-ci leur répondit que les vais-
seaux de la république, dënucs d'agrès et
de maîelots , se trouvaient condamnes à
rester en rade. Meîtcz-moi, ajontail-il, en
el.nt de tenu- la n^er- aulorisez-moi à com-
pléter mon eq'npnge, et bientôt je ne
serai plus dans le porl.
On voit que la division existante eritre le
commandant de la station, les commissaires
civils, et le gouverneur genf'ral, ne pou-
vait contribuer qu'à accélérer la perte
de la colonie. Les h.ibitans du Cap, réduits
à opter entre le despotisme des comtnîs-
saires civils et celui du gouverneur, prefë-
(i) Véritable langage d'un comnusînire-orclnn-
uaieur, qui sait pertinomm ni que l'argent e^l !e
nerf des effaires , q i'ii fait presque Toujours à soa
avaruage, au détriment de la chose publique.
I
i
;( 72 ) _
rèrent le premier : aussi vit-on bientôl
revenir au Cap Santhonax et Polverel.
Leur entrée dans celte ville fut une
espèce de triomphe pour eux et pour les
mulâtres, la proclamation suivante mani-
festa leurs intentions :
« C'est pour vous , citoyens re'gene're's ,
«t que la Re'publique nous a envoye's à
« Saint-Domingue- c'est pour que vous
« jouissiez enfin des droits que vous tenez
« de la nature, et dont la Convention a ,
« la première, de'roulé la charte aux yeux
« du monde, qu'elle nous a investis de
« sa toute-puissance. Nous serons dignes
« de sa confiance; nous remplirons, ^ci
«( de'pit de tous les malveiîlans , et maigre
« les obstacles que tant d'inte'rêts divers
a nous opposent, la mission honorable
« dont elle nous a charges ; vous pouvez
« compter sur notre fermeté' et notre
le dévouement. Ils seront appujëfe par tou-
« tes les forces de la Re'publique; elle veut
« la liberté' et l'e'galité entre tous les hom-
« mes. Sans ces deux biens , il n'est point
« de boHheur sur la terre. Cette doctrine
« est devenue l'eVangile de la France , elle
a sera celui du monde entier. Il faut que
« toutes les monarchies aillent s'englou-
« tir dans le torrent de la démocratie
« universelle. Une politique nouvelle va
« présider au sort des nalioas. La philo-
« Sophie
SgS^i9HBH9B^>âasSjlâ6r<<
(75)
c Sophie qui Ta créée ne sera plus une
« science sle'rile, une spéculation impuis-
a santé. Ljcurgue, Solon, Numa , n'ont
¥ e'icf que des ignorans, des fourbes ou
« des v'i».io(inaiie> ; Charlernague , Char-
« lesV, Louis IX, Henri IV, Louis XIV^
« que des despotes dont la me'moire et
« les lois doivent être ^n horreur. Ils
(( voulaient régner par les pre'juge'sj ils
« pre'tendaient que Je corps politique
« devait reposer sur la propriété'; pe'risse
« ce s^'Stêaieî La liberté la plus illimite'e,
« re'galite la plus rigoureuse, voilà le
« véritable patrimoine, les seules richesses
« de rhomme! Non, quoi qu'en disent
M tous ses détracteurs , il n'est pas ne' pour
« vivre dans une stupidité profonde. Ce
« qui le distingue de brutes, ce sont ses
cf passions. Piéveillons leur activité, bri-
tt sons le frein de nos lois barbares qui le
« compriment, et que, renluà lui-même,
ce dégagé de ses vieilles^ idées, guéri de
« toutes les superstitions , maître unique
c de ses volontés, digne enfin de U na-
« ture qui le créa indépendant et libre , il
« jouisse de la plénitude des droits que
« peut comporter son être.
«( Et vous, classe jadis humiliée sous le
« nom de petits brancs, vous qui, comme
« les autres citoyens, av* z des droits
« imprescriptibles à réclamer^ vous qui ,
S t. "Dominique,
£
. .^ 74 )
«f non moins avilis et méprises qu'eux ps
« les superbes planteurs, devez trouve
« dans votre re'union la force de venge
« des injures communes; connaissez vc
« véritables intérêts. Vous n'avez qu'à 1
« vouloir, etvoussorlirezde î'ëtatd'opprc
ce bre dans lequel vous retient impitojabb
M ment celte caste orgueilleuse. Oui, nu
« amis , désirez d'être riches , et vous ]
« deviendrez; osez vouloir être puissans
<c et bientôt vous commanderez à ceux-1
« même qui, par leur despotisme, or
tf mérite la haine et la vengeance du peu
w pîe dont ils ont dédaigne la reconnais
« sauce et m.éconnu la souveraineté. »
' ' >Onpeutaiséments'imaginerrimpressio
i que devaient faire sur les mulâtres et U
" iîiègées de pareils discours, et la conster
' nation qui dut se répandre parmi les persor
ïîes qui ne voulaient que Tordre et la trar
^ qoilîilé. Un des articles du Moniteur qi
-s'imprimait au Cap, et qui était sons l'in
fluence des commissaires, publia que 1
jour d'une grande révoîulicn était prè
d'arriver : « En vain , ajoutsit-il , les roja
« listes se flattent d'un changement ^ «
« soupirent après l'apparirion d'un pavii
« Ion étranger, qu'ils sachent que le pre
« mier coup de canon tiré sur le territoir
« de Saint-Domingue , retentira dans lot
«( le golfe du Mexique, et sera le sigu£
—Il ■ I I M
(■75 )
c die la porte ^es Antilles pour FEurope.
A celte époque , l'adjudant gênerai Gal-
)aud , frère du gouverneur gênerai , s'était
jerriiis quelques propos contre les corarais-
iaires. Ces derniers n'y furent pasinsensi^
îles, mais ils dissiœulèreut pour le mo-
nent leur ressentiment, se promettant
>ien de s'en venger à la première occasion
favorable. Mais il était important pour les
:ommissaires , avant tout , d'arracher cet
adjudant des camps et postes qu'il com-
nandait, et de l'attirer au C^p où il ne
eur serait pas difficile de le calomnier, et
[e le livrer à la merci de ses ennemis.
Le frère du gouverneur ge'ne'ral avait la
confiance de tous les militaires, parce
qu'ils avaient reconnu en lui des talens , de
la fermeté et du courage, et surtout une
opposition bien déterminée aux opinions
et aux actes des commissaires. Le gou-
verneur général avoit commis beaucoup
de sottises , son frère pouvait les réparer,
mais on ne lui en laissa pas le tems.
Un événement inattendu prouva que les
commissaires, beaucoup plus adroits ou
plus audacieux que leurs adversaires , sa-
vaient agir quand ces derniers perdaient
le tems à délibérer. On apprit au Cap que
la commission civile avait fait arrêter et
conduire aux prisons de Saint-Marc
M. Duquesne, ancien officier de la ina-
^ E2
^
■w
i
( 76 )
rîne, et propriétaire aux Gonaïves, où
commandait un corps Se volontaires.
Le motif de son arrestation, a^lle'gi
par les commissaires, ëlait d'avoir ù
fusiller, de sa propre autorité , quatre bf
gands, pris les armes à la main, au li<
de les renvoyer pour être juge's , devant i
tribunal spécial institué depuis quelcju
jours par Santhonax.
Cet abus d'autorité révolta tous les oH
ciers, l'adjudant-général Galbaud, et su
tout la paroisse des Gonaïves dont i
gardes nationaux indignés voulaient
transportera Saint-Marc, pour enfono
les prisons, délivrer leur capitaine et
soustraire au tribunal qui devait le juger.
Une démarche aussi violente pouv3
entraîner des conséquences dangereuse!
on préféra envoyer un député au Caj
poursonrîer les dispositions du gouvernei
général, à l'instant où les circonstanc
présentaient quelques chances favorables
pour entraver les dispositions hostiles é
commissaires. Ce député eut une couf
rencp avec l'adjudant général Galbaud
dans laquelle, après avoir fait un tabler
véridiquedu despotisme des Cimmissairpj
et de leurs procédés aussi iu justes que cr
îninels envers les principaux officiers mil
îaires de 3aînt-Poiainguej il se rosmm
aiasi :
ik^
s^ss^sa^mmi^MsssssB^mù
_ ( 77 )
« Voilàlefruit delà faiblesse! Le système
de la modération a perdu tous los géné-
raux. Vous êtes perlus, vous et votrç.
frère, si vons suivez leurs traces. En vain
vous soumetlrez-vous à deve^iir l'ins-
trument des barbares desseins de nos
communs ennemis; vous ne leur ins-
pirerez aucune confiance. Le seul moyen
d'éviter votre ruine, qn'ils ont dëja ju-
re'e, c'est de vous rendre forts et redou-
tables. Vous trouveriez cet avantage aux
Gonaïves : les troupes, les habitans,
leur fortune, tout est à vos ordres, on
n'attend que vous. Venez, par votre
f)re'seace, sauver Tinnoctnce et la va-
eur opprune'es dans la personne de
M. Duquesnt^; faites cesser le scandale
de voir deux mise'rables ergoteurs en
imposer à tous les ge'ne'raux j vengez la
morale, la probité', la justice, auda-
cieusement foulées aux pieds par deux
scélérats dignes des derniers sup[)Uces.
Délivrez enfin la colonie gémissantf sous
le plus bonlf-ux esclavage, et dont
vous et M. le général êtes la dernière
espérance. »
L'adjudnnt général, sans s'expliquerposî-
'ement, donna à entendre au député,
l'il serait urgent, avant de faire ar.cune
ntative, de connaître l'epinion politique
:s habitans de la paroisse des Gonaïves i
ES
'^
* ( 7^ )
«( Elle n'est pas douteuse, fui repîîqui
« ce dernier, nous sommes tous royaliste
« et par conséquent gens d'honneur (i)
« au défaut du succès, il nous reste ud
« ressource; les Espagnols nous donne
« ront asile, nous en avons l'assurance.
M. Galbaud, attaché au nouvel ordr
èe choses, ou par principe, ou par intérêt
fut surpris de cette proposition , et aprè
un moment de réflexion il s'établit entr
U député et M. Galbaud le dialogue sui
vant :
« M. Galbaud. J'ai été retenu quel
« ques instans par la différence de ne
« opinioïîs; mais, tout bien considéré
« cet obstacle n'est pas invincible ; on n'e«
« pas toujours d'accord quaud on veut 1
« bien. Néanmoins, je dois vous déclare
« ici que l'intervention des Espagnols ei
« une chose à laquelle il ne faut plus per
« ser.
« Le Députe'. Et pourquoi se prive
« d'un appui aussi utile ?
« M. Galbaud. Nous avons sur ceti
« puissance des desseins incompatible
(i) Rojalîste et homme d'honneur % ces (îe«
mots ne sont pas synonymes; la révolution fran
caise nous a appris ce qu'on «levait penser de c<
roj^aiisies , hommes d' honneur i
ssss^^i^
i^3ÊEiS^S;^â^ù
{ 79 )
K avec ceux que vous proposez; elle doit
«être la preiDière punie de la coaiiiioo
« formée contre la France.
« Le Député. Comment ?
« M. Galbaud. En s'emparant de son
« territoire.
« Le Député. Vous attendes donc de
« grandes forces; car une guerre nouvelle
« avec les Espagnols, lorsque nous ne
« sommes pas en ëtat de resisler aux escla-
« ves , me parait une folie aussi absurde
« que dangereuse.
« M. Galbaud. Pas aussi absurde que
vous le pensez ; est-il imposible de
réunir tous les nègres révoltes, en les,
rendant libres, d'en faire une armée
formidable, appelée à la conquête de
l'île entière et à de plus hautes destinées;
« Le Député, J'ai bien entendu parler
« vaguement d'une entreprise à peu près
« pareille, mais je n'ai pu croire qu'on
« désirât sérieusement la mettre à es-ecu-
« tion. Je ne me serais pas doute que vous,
« colon, voulussiez concourir à un plan
« forme par les commissaires, et qui sans
« rien changer au cours des e'venemens
<( d'Kurope, vous ferait exécrer de la
« colonie dont vous auriez cause la perle.
« M, Galbaud. Yous vous abusez; les
<i commissaires ne sont pas les auteurs du
« projet; je ne me conforme point à leurt
E 4
immatmâtma^,^—.
'W-
i '
(So )
« vues qne j'ignore, mais j'obéis à des
« ordres supérieurs.
« Le Député. D'où f)artent-ils?
« M. Galbaud. De Frauce, du conseil
« execuf iin-.nêinp; la resolution a dte
<f irrévocablement ^ rise par lui, et il faut
« atoul prix que sa volonté s'acromplisse.»
Lp députe, d'après cet en. retien , iueea
avec raison que tous les c ffor}^ des colons
jDOur parvenir à nn résultat avantaqeux,
seraient inutiles; ceqni fut confirmele len-
demain par l'arrestation de M. Galbaud,
d après un ordre des commi, maires qui le
constitua prisonnier sur la flûle la Nor-
mande. Le gouverneur-general reclama
vivement l'élargissement do son frère, ou
c[uil fût traduit devant une cour martiale
pour être jugé. Ses réclamations furent
mutiles, on ne IVcouta point, et lui-même
quelques jours après fut destitué de sa place
et constitué prisonnier sur le même bâti-
ment. Le député des Gonaïves ne fut pas
plus heureux, car il fut aussi arrêté et
conduit en prison.
L'arrestation de MM. Gslband produisît
«ne grande sensation et même de refferves-
cenceauCap, et tout semblait annoncer
tine crise prochaine, que personne, soit par
crainte, soit par inertie, ne cherchait à dé-
tourner. Le danger cependant était près- ,
sant Une foule de mulâtres accourus de
W^n^
iJSmg^î^^MM.
( 8i )
tous les points de la colonie , servaient de
corte'ge aux commissaires. Ces hommes ,
prote'ge's parlepouvoir desdiclateurs San-
thonax et Polvèrel , ne mettaient plus de
bornes à leurs })retentions ; elles furent
pousse'es à un tel point , qu'on fut obligé
d'employer la force ponr les réprimer. Des
querelles assez vives eurent lieu aussi entre
les marins et les mulâtres , et du sang fut
répandu j la fermentation gagna tous les
bâti mens de la rade.
MM. Galbaud , cruellement vexe's par
les commissaires , et brûlant dose venger,
se hâtèrent de profiter des circonstances
pour exciter le ressentiment des marins
contre Santhonax et Polvèrel. Ce qui leur
fut d'autant plus facile que la rade était
remplie de proscrits et de mécontens. Une
insurrection parut être le seul moyen à
employer pour sortir d'un état de choses
qui devenait dejourenjour plus alarmant*
I)'aillenrs on savait pertmemment que la
résolution avait été prise parles commis-
s^aires de détruire la ville et la colonie , et
pour préluder à l'exécution de leurs pro-
jets , ils avaient commencé , par Une pro-
clamation , àt'emander aux négocians une
somme de6oo,ooofr, pour les pressans be-
soins du gouvernement, etpour laquelle ils
devaient être solidaires les uns dss autres.
Ou n'est janaais bien reçu à demander
E 5
( S2)
de l'argent à des personnes qui n'ont pas
envie d'en donner; aussi la demande des
commissaires produisit une telle impres-
sion , etunesivive inquie'tude sur l'esprit
des colons , qu'ils se demandaient avec
effroi quel serait le terme de tant de cupi-
dité' et de tant de vexations.
Ce qui devait accële'rer une insurrection
re'clame'e pour ainsi dire par tous les partis ,
et surtout par les commissaires , furent le
me'pris , par ces derniers , des usages les
plus respecte's , et la violation des lois les
plus essentielles et les plus sacre'es pour la
stabilité' et la tranquillité d'un gouverne-
mentquelconque; mais ce quiacheva, pour
ainsi dire, d'exaspe'rerles[esprits, fut le bruit
ge'nipralement re'pandu que l'on de'porterait
indistinctement tous les blancs. Les mulâ-
tres , en outre , dont les commissaires favo-
risaient hautement les prétentions ambi-
rieuses , se préparaient à devenir proprie'-
taires exclusifs.
D'un autre côté , les capitaines mar-
chands retenus en rade par l'ordre des
commissaires , et justement indignes d un
retard qui exposait le convoi à devenir la
proie des Anglais , cédèrent aux insinua-
tions du gouverneur général , à qui ils
promirent l'appui de leurs équipages.
D'après l'impulsion donnée à tous les
esprits, on devait s'attendre à des désor-
'St^^^SîSl^..
( 85 )
dres. Tous les jours il y avait ^es pro-
vocations enlre les marins et les mulâ-
tres. Un matelot ne pouvait descendre à
terre sans être insulté. Des rixes violentes
et même des combats eurenl lieu sur le
rivage. Des plaintes graves furent portées
aux commissaires contre les mulâtres *
mais comme ce n'était pas l'intéiêt des
proconsuls de Saint-Domingue de répri-
mer les attaques offensive?» des hommes de
couleur, toutes le dispositions qu'ils pri-
rent, furent de défendre à tous les ma-
rins de descendre à terre après sept heu-
res du soir.
On doit présumer facilement qu'une
pareille consigne révolta les principaux of-
ficiers de la marine, irrités de se voir sa-
crifiés à des mulâtres, ils envoyèrent une
députation d'ofticiers des difTérens vais-
seaux à la commission civile , pour con-
naître la cause d'une pareille consigne.
Les commissaires, qui étaient en ce mo-
ment occupés à organiser une fête patrio-
tique , ne voulurent point recevoir la dé-
putation. Les états-majors de la rade en
envoyèrent une seconde , persuadés que
les commissaires n'oseraient refuser de îa
recevoir , et par suite que la consigne se-
rait levée. Cette seconde députation ne
fut pas plus hifureuse que la première , e^
revint sans avoir rien obtenu.
E 6
. ( 84 )
Le lenflemain les équipages des bâtî-
mens en rade reçurent l'ordre d'à net r et
de livrer les conlre-amirau^. Cet ordre ,
aussi impolitjque que despotiV^ae de la
part des conrnni^sairps , révolta tous les
marins , qui se refu>èreiit à l'exécuter.
L'indiojnation était à sou comble, et^ans
^lus balafÈcer, l'ne troisièine deputatioa
se rendjt auprès des commissaires, escor-
tée déplus de reul marias , bien dele rmi-
aiés à enlever dans l'in^iant mente Saniho-
uax et Polverel , s'ils s'obstinaient à refu-
ser la leveo de la cousigue.
Cf-s derniers eureni peur ; voyant qu'ils
avaient pris une fausse mesure , ils voulu-
rent l'excuser, en avouar.t qu'ils avaient
«te trompes par de faux rapports 1 1 des
soupçons injustes contre \ps étais-majors
^es vaisspaux; et qu'ils s'efforcerai< nt de
%>e oublier les uns et les autres par des
témoignages d'.stime et de confiante ;
t€ ou doit, ajouièrent-iîs avf>ç une pro-
« fonde hypocrisie , croire d'autant plus
^ à notre siritériié, que, d'après les lumiè-
« res rëceujment acquises , nous n'avons
f pas attendu l'arrivée de la députation
« pour lever une consigne dont le ci-
€ visme éprouvé des officiers de la ma-
« fine avait eu raison de s*indigner, »
Cependant la conjuration tramée par
les marins dans la rade, se suivait îou-
^M^X»«iii ilm'iiJiSW
ssma^sss^esii
(85)
jours avec chalenr. Les contre-amiraux
paj'ës pour ne pas s'en rapporter à la
bonne foi et aux protestations de Santho-
nax et Polverel , et re'voltës de l'audace
sans cpssc croissante des mulâtres , e'iaient
bien re'solus a en venir à un coup de main,
pour mettre fin à une lutte depuis long-
tems prolonge'e entre eux el les commis-
saires.
Un éve'nement impre'vuhâta le moment
de l'insurrection. Un matelot attendait k
la cale la chaloupe de son bord ; atta-
qué par trois mulâtres , il se de'fendit cou-
rageusement. Mais que peut le courage
contre le nombre el la force des assaillans ?
Prêt à être assommé par ces misérables ^
il alla se réfugier dans la boutique d'un
tailleur ; ceux-ci Vy poursuivirent , et se
mirent en devoir de l'en arracher. Le tail-
leur témoin et indigné d'un pareil achar-
nement , prit la défense du matelot. Les
mulâtres , sans avoir égard à s«s prières ,
et toujours plus forcenés , s'apprêtèrent à
forcer l'entrée de sa maison. Celui-ci crut
devoir opposer de la résistance , il prit
son fusil , cro)^ant leur en imposer. Les
mulâtres abandonnèrent alors le matelot ,
pour se jeter sur son défenseur , qu'ils dë-
sarmèrentfacilement, son fusil n'étant pas
chargé 5 et non contens de l'injurier , ils
lui portèrent plusieurs coups de sabre ^
m
( 86 )
dont les blessures l'obligèrent à aller à l'hô-
pital, oii il resta deux ou troisinofs.
Cet attentat , dont ou ne poursuivit
point la punition , fut le signal de l'insur-
rection. La fureur des matelots était à son
comblej et les murmures du peuple sefi-
lent entendre de toutes parts.
Le gênerai Galbaud, instruitde tout ce'qui
se passait au Cap, et témoin de la fermen-
tation qui agitait les marins dans la rade ,
après un entretien avec le commandant
des forces de mer , crut que le moment
était arrive de commencer les hostilités.
En conséquence , il publia une proclama-
tion , dans laquelle il exposait les motifs
qui le déterminaient à résister aux commis-
saires , et à reprendreune autorité dont
ces derniers l'avaient dépouillé injuste-
ment.
Bientôt on le vit arriver à bord à\i Ju-
piter , avec son frère, suivi de quelques
soldats. Son premier soin fut de haran-
guer les matelots de tous les bâtimens de
guerre et de commerce qui étaient en ce
moment rassemblés sur ce vaisseau , et
d'énumérer les griefs qu'il avait contre les
commissaires , et de manifester ensuite la
résolution de se venger d'eux.
L'adjudant général Galbaud prit ensuite
la parole , et dans un discoures travaille'
avec art , il récapitula les crimes des com*
l.
( .87 )
iP.îssâïres , en invitant les équipages è se-
coiB^er leur entreprise , qui tendait avec
le GOBCOurs des blancs , à les souslraire
iom aa joug dont on voulait les accabler }
ptais il s'écria:
«Vous le devez d'autant plus que
« France vous a confie le soin de défendre
w sa colonie la plus importante. Non ,
«r-rotts ne tromperez pas soB espoir ; l'bon-
« oe?ir du nom français ne sera pas fîelri
a par vous. Je ne parle pas de vos injures
« personnelles. Si le despotisme de nos
« communs ennemis s'était borne à des
«outrages qui vous fussent particuliers ,-
«je vous engagerais à faire au public le
0 sacrifice de votre ressentiment. Mais ce
« B^est pas vous seuls qu'ils oppriment ;
« îeur tyrannie pèse également sur tous
« les colons. Ils tendent à l'entière snb-
« version de cette île malheureuse. Mon-
« !rez-vous donc les défenseurs d'un pays
« cjuedeux monstres cberchentà détruire,
cf et soyez surs que vous trouverez autant
e de personnes qui applaudiront ou con-
m courront au succès de vos efforts , qu'i!
« j a de blancs en France et dans la co-
te lonie. »
Ce discours fit la plus vive impression
sxïv les marins et les matelots des divers
bâtimens , qui , comme nousTavons déjà
dit , étaient rassemblés sur le vaisseau
^1
KJSiMutB^uam
( 88 >
amiral. Ceux-ci deretourdansleurs navires
respectifs, rapportèrent ce qu'ils avaient
vu et entendu. De cet instant , les équi-
pages^ de tous les bâlimens en rade , suivi-
rent l'exemple de celui du Jupiter; les
commandans de tous les navires ajant été
mis en arrêt dans leurs chambres , M. Gal-
baud commanda seul en rade.
Ce général ajant convoqué une assem-
blée des capitaines des bâtimens mar-
chands, leur tint ce discours :
« Je ne vous retracerai poitit ici tous les
tt attentats des commissaires contre la co-
ït lonie et surtout conîre les marins , vous
« les connaissez aussi bien que moi-même.
u Le moment estarrivé de nous affranchir
« du joug de ces despotes , accourus de la
« métrople pour ravager St.-Dominguc ;
(Cils ont juré notre perte, c'est à nous à
« la prévenir ; le moindre retard prolon-
« gerail le danger: vous êtes tous intéres-
« ses à faire cesser un ordre de choses qui
« compromet votre sûreté et celle delà
« colonie : j*ai donc lieu d'espérer que
« vous me seconderez dans une entreprise
« aussi juste qu'indispensable , par vos avis
« et par votre assistance : la résistance à
« l'oppression est le plus saint des devoirs.»
Cette harangue produisit relfet qu'on
devait alors en attendre. Tous les capitaines
offrirent au général leurs équipages pour
une entreprise dont le succès devait as^
l
r 89 ) ^
surer le bien et les intérêts ^e tous. TTii
des capitaines prit ensuite la parole, et
s'exprima ainsi :
« Assez et trop long-tems nous avons
« gémi sous le despotisme des commis-
« saires ; le jour qui doit éclairer notr»
A affranchissement est enfin arrive' j et
« comme Ta très-bien dit le j;e'néral ,
« nous n'avons plus à consulter que notre
« courage , pour nous délivrer de la fyran-
« nie de proconsuls barbares , et qui n'ont
« de l'homme que la figure. On va nous .
« traiter de rebelles; mais où il y aoppres-
« sion,il n'y a point de rebrliion ; et la
« vengeance doit enfin atteindre ceux qui
« ont viole' les droits les plus sacre's de
« rhumanile'. »
D'après loxaspe'ration des esprits, tout
senib'a favoriser l'entreprise du ge'ne'ral
Gill>aud. On if^norait a!>soIiiment au Cap
ce qui se passait dans la rade, les com-
munications :ty:in\ e'téinterrompues depuis
deux jours entre la terre et la mer.
Que faisaient pendant ce temps les com-
missaires? Ils parurent ignorer la conjura-
tion qui s'elait tramée dans la rade , persua-
dés qu'elle ne pouvait tourner qu'à la perte
des conjure's.
Cependant, le 20 juin i7()5(i), tous les
(1) Tous les détails qui suivent, sont extraits d«
Moaiicur de Saint-Domingue, année i79i«
9
( 90 )
bâîîmens marchands ayant reçu Tordre de
se retirer au fond la baie, on vit s'avan-
cer les vaisseaux le Jupiter et VÉole qui
s'embossèrent devant le Cap. A la vue de
ces deux vaisseaux prêts à foudroyer la
ville, et d'une foule d'embarcations char-
gées de soldats et de matelots armes ,
l'effroi et la consternation se répandirent
dans toute la ville. Ils redoublèrent, lors-
qu'à trois heures après | midi le gênerai
Galbaud fit tirer un coup de canon, et
hisser un pavillon bleu, signal convenu
de départ des troupes; lui-même s'embar-
qua dans une chaloupe; son frère le suivit
<3ans un grand canot. Une multitude
d'autres embarcations parties en même tems
de tous les bâtimens , allèrent aux différen-
tes cales qu'où leur avait indiquées
M. Galbaud descendit sans obstacle aux
cris mille fois répétés de vive la nation , et
marcha aussitôt vers la maison du gouver-
nement. Pendant qu'il s'avançait par les
rues du Conseil et de Sainte-Marie, une
colonne commandée par un officier de
marine montait par celle Notre-Dame.
D'un autre côté , l'adjudant général Gal-
baud se porta vers le champ de Mars , où
ayant trouvé les mulâtres , il les attaqua et
les mit en fuite: mais il paya cher ce succès;
car , ayant donné dans un piège dressé par
îa trahison , et qu'il aurait pu éviter , iî
fat désarme et conduit au gouvernement ,
l
( 90
«Coù les commissaires le firent traîner
chargé de cbaînes an Haut-Cap.
Pendant que ces evénemens avaient lieo
a« cbamp de Mars , la colonne conduite
|>ar le général Galbaud , parvenue a la
place Monstarcber , aperçut les volontaires C
f|o'etfe prit pour des ennemis. Ceux-ci
fusillés d'un côté par les mulâtres postés
an coin du couvent des religieuses et^ dans
le jardin du gouvernement, et de l'autre
|>ar îa colonne do général Galbaud, furent
«bligés de céder le terrain à la colonne de
M. de Beaumont^ officier de marine. Celui-
força la grille du jardin , et dispersa les
ïïîRÎâtresj' parvenu à la seconde grille, il
csîallait francbir le seuiV, lorsqu'il fut at-
teint d'une balle qui lui fracassa le genou,
st» moment où il allait se rendre maître des
commissaires; ceux-ci se crurent uri
Bioment perdus sans retour, et Polverel
partait déjà de fuir ou de se rendrej mais
Sai*tbonax , plus ferme et plus résolu , jugea
^'36 îes eboses n'étaient pas aussi déses-
pérées que le croyait son collègue , et que
cette multitude indisciplinée se disper-
serait d'elle-même , si on résistait à son
premier cboc. Ce qui confirma qu'il ne
s'était point trompé dans ses conjectures ,
cVst que la colonne de M. de Beaumont ^
privée de son cbef, se mit aussitôt en re-
traite. Les matelots regagnèrent en cou-»
m
%
'-"
Wk',
(9!^ )
rant le bordée la mer. Les volontaires ,
qui s étaient portes au champ de Mars pour
soutenir l'adjudant-general Galbaud. dont
ïls Ignoraient la défaite et l'arrestation, se
vojrant fusilles par les mulâtres embus^
ques dans les maisons voisines, ayant
perdu leur chef et trois des leurs , crurent
devoir faire un prompte retraite, et de
retourner au bas de la ville, pour s'ins-
truire û^% ëvenemens, et recevoir des
ordres payant trouvé le général Galbaud
a arsenal dont il s'éfait emparé, ils se
rallièrent à sa colonne. Ce général, maître
de J arsenal . ayant à sa disposition l'artille-
ne, les munitions, \t% vivres, et conservant
ses communications avec la rade , était
dans une position très-favorable ; mais
naturellement inepte , il ne sulpas profiter
des avantages du moment. Les commis-
saires , plus habiles que lui , résolurent de
trapper enfin nn coup décisif. Dans un
coriseil qu'ils tinrent, il fut arrêté qu'on
opposerait les noirs aux blancs , en enrôlant
tous les esclaves de bonne volonté^ ceux
même des prisons furent armés dans la
nuit, et on leur fit jurer de défendre
les commissaires contre les arristocrates
cour prix de la liberté qui leur futaccordée
al instant. Ce qui contribua le plus aux
succès qu'obtinrent Sa nihonax et Polverel
lut I apathie des habitans du Cap.
PI3S^S
^^l^^^i
( 95 )
Quoi qu'il en soit, les deux partis se
pre'j)arèrf;nt à en venir une seconde fois
aux mains ; le gëne'ral, après avoir rallie' ses
troupes, et fait ses dispositifms militaires
tant bien que mal, se mit en marche, et
s'avança dans la ville. Quniqu'à la tête de
forces imposantes, il commença à e'prouver
de grandes résistances : chaque rue, chaque
carrefour devin' le the'âtre d'un combat^ d«
toutes les maisons pnrfait une fusillade non
interrompue qu'il fallait taire taire; ce qui
gênait tous ses mouvtmens, et arrêtait
rimpe'tuosité de ses troupes. Néanmoins,
ajant pousse' jusqu'à la place d'armes , le
ge'neral Galbaud fut attaqué vivement par
les mulâtres er les troupes de ligne, qui
s'e'laient alors range'es du côte' des conjmis-
saires. Au premier choc les matelots se de'-
bandèrent, et sourds à la voix de leurs chefs
qu'ils abandonnèrent lâchement, on les
vit courir aux magasins qui furent livres au
plus affreux pillage. Les soldats de la ma-
rine suivirent l'exemple des matelots; le
reste de la colonne du ge'ne'ral Galbaud ,
ne se voj'ant plus scconde'e par ces der-
uiers, se replia en de'sordre sur l'arsenal,
après avoir perdu un grand nombre d'hom-
mes.
Tout n'était pas encore de'sespere', si le
ge'ne'ral eût su conserver son sang-froid.
Mais soit lâcheté', soit tçrreur panique j,
^ ( 94 )
il prit îui-mcme la fuite, et courut vers îa
cale, en cnaot que tout était perdu sans
ressource^ et bientôt abandonnant sa petite
armée, i! gagna avec la plus grande préct-
pitalioo le rivage.
Dans la situation déplorable oùsetroa-
vait 1» ville , il n'était giières possible d'ar-
rêter le maL Néanmoins, plusieurs colons,
s'ima^inant qu'il y avait encore du remède,
voulurent, maigiré l'absence du g^îéral,
faire de nouvelles tentatives pour se reri-
dre maîtres de la ville: eiîorts impuissans !
La confusion régnait partout, et l'ardeuf
seule du pillage animait les soldats et les
matelots qui, chargés de butin , ne parlaient
que de retourner à bord.
Tout devait faire présumer que le géne'-
ral Galbaud reviendrait à terre, ne fut-ce
que pour ordonner et diriger une retraite
devenue indispensable. Onse trompa j vai-
nement lui représentation que les blancs
étaient repoussés partout: il fut sourd à tou-
tes les représentations^ on lui démontra la
nécessité de faire une troisième tentative;
ïl persista à restera bord, sans s'inquiéter
des raaiheurs qui allaient fondre sur la
ville du Cap. Tout ce qu'on put obtenir de
lui, ce fat de le décider à revenir sur le
Jupiler\\k i! semitàharanguer l'équipage
et à lui débiter toutes les soltises révolu-
^^!^^m
i^s^gsîù
. ■ . (95)
tîonnaires accoutumées, comme ilTavait
fait pre'céclt^miïient.
Tout autre homme, dans la situalîoo
critique oli était réduite la viiîe du Cap ,
eût pris des mesures énergiques propres à
faire cesser les desastres affreux dont elle
elait menacée; il se contenta d'ordonner
àes renforts pour le poste de Tarsenal.
Tandis que l'on se contentait de ha-
ranguer et de délibérer, les commis-
saires faisaient donner l'ordre aux Doirs
d'incendier îa ville et de massacrer tous les
blancs sans distind.ion d'âge et de se:se t
c'est le vœu, disaient-ils, de la France et de
ses délégués. Cet ordre n'eut pas besoin
d'être répète : on vit soudain les nègres et
les muiâlres s'elanccr dans les maisons, la
torche d'une main et le sabre de Faufre;
mettre le feu aux meubles et aux matières
ïes pliis combustibles, et égorger impitoya-^
bicment tous ceux qui, par la fuite, 'ne
s'étaient pas dérobes à Itur fureur. Bientôt
des colonnes d'une fumée épaisse et noirâtre
annoncèrent au loin les ravages de l'incen-
die. En moins de deux heures, les rues de
Vaudreuiî et d'Anjou furent dévorées par
les flammes.
Tout faisait présumer que l'incendie ce.s=.
serait à la Fossette^ faute d'alioiens; maig
on fut craellement détrompé, car sur le
soir u!îe brise violente viut donner aux
m
.. (90 )
flammes une directiou nouvelle et une
activité si effroyable, que toute la ville du
Cap ne parut pluà qu'un vaste embrase-
ment.
« Quel spectacle affreux! s'e'crie un des
« te'moins de ce de'plorable incendie,
« bientôt les ténèbres de la nuit disparurent
« devarit cette clarté funèbre. Des vais-
u seaux de la rade où ils s'étaient réfugiés,
Cf dpsmornesquHIscherchaicnt à gravir, les
« infortunés colons entendaient le bruit da
«r canon, les hurleniens des esclaves ré-
(c voltés , la cbûte de leurs maisons consu-
(i niées par les flammes , et les crislamen-
<c tabl< s de leurs parens et de leurs amis
« égorgés par les noirs. Il semblait qu'une
a mer de fou , agitée par la plus violente
a tempête, dirigeait ses flots et exerçait
ft ses ravages sur la malheureuse ville du
« C^p. An milieu des ruines et des cada-
« vres, quelques personnes, réduites au
« désespoir, n'furent pas le courage d'at-
« tendre la mort et volèrent au-devant de
« ses coups. Un riche négodaut se brûla
« la cervelle; un autre termina ses jours
« par le poison; et, c^ qui ne peut être
« raconté sans frémir, ce qu'on aura de
(c la peine à croire, une f(mme dont le
«c mari venait d'être massaéré à ses côtés,
« furieuse, éperdue, attacha à sa ceinture
f( l'enfant de trois ans quelle portait danî
« ses
vmmmaÊi^^^^^simÊÊÊÊi^m^â^^â^^.
(97
[ ses braSj, et se prccipila avec lui dans
t ]a mer »
Tel fat le tableau affreux et déchirant
|ue présenta la ville du Gap le 24 joiti
1795, et qui n'était que le prélude des dé-
astres qui devaient porter i'épouv^ànte et
a désolation dans toute la colonie.
Ce même jour, au soir, une proclama-
ion des commissaires fut publié dans la
ade , enjoignant aux matelots et aux
narins d'arrêter M. Galbaud, et de le
:onduire prisonnier sur le bâtiment VAmé-^
Hca .
A peine ce général en fut-il informé, qull
;e mit à haranguer l'équipage , en lui fai-
sant part du malheur dont il était menacé.
;< On veut, poursuivit-iî , rae livrera ces
:< hommes ( les commissaires ) qui ont ré-
;< duiten cendre la ville du Cap, qui veu-
;t lent ruiner la France par la perle de sa
K colonie la plus importante. Ferez-vous
« un crime à celui qui a cherché à pré-
« venir tous ces maux? trahirez-vous le
« gouverneur, à qui vous aviez promis
« d'obéir ? livrerez-vous à des monstres
« teints du sang de. nos frères le général
« que vous aviez choisi pour marcher à
« votre tête, qui n'aurait pas Irotopé votre
« espoir, si les citoyens du Cap, pourles-
« quels nous avons voulu nous sacrifier ^
K avaient montré aataiil de zèle à nous se
St.'Doming'.ie. F
( 9^ )
« conder, que vous avez déployé d'ardei
« pour les servir et les défendre ? »
Cette espèce de discours, quielaitprop]
à séduire les matelots e( les soldats de
înanne , lui aUira le mépris de tous les o
ficiers. Cependant, en dernier résulta
on nVut aucun égard à la proclamatic
des comml.saires , et M. Galbaud futmaii
tenu dans le commandement du vaisses
le Jupiter,
Dans un conseil de guerre, qui fut ten
sur le même vaisseau , après avoir beat
coup divagué sur des questions aussi aï
surdesque ridicules, l'assemblée arrêl
enfin que les magasins et la poudrière se
raient vidés . qu'on enclouerait les canor
du fort, et qu'il serait lihreà tous les hi
bitans du Cap de se retirer sur la flotte
dont on fixa le départ au lendemain.
Lemême témoin dont nous avons extra]
les détails précédées, donne le dernre
coup de pinceau au tableau âes désas
très de la ville du Cap, dans le passag
suivant:
« Quelque triste que fût le sort de 1
« population blanche ref'jgiée à bord de
« vaisseaux, il n'était pas comparable au:
« ou 'rages de tout genre éprouvés pa
« celle qui était entassée aux casernes, oi
tt errante dans les savannes du Kaut-C^p
« Toutefois les injures, 1^5 menaces, h
••SSÎÎ'
•^El^SS^SS^tï
(99)
K fers et les coups étaient les moindres
K de ses maux. Une faim dévorante et
i< qu'irritait encore la vue des alimens re-
u serves aux seuls nègres , livrait les blancs
« à des tourmens qui ne peuvent se dé-
« crire» et il faut les avoir subis pour en
« concevoir l'épouvantable borreur. Q«el-
« ques femmes invinciblement entraînées
M par la tendresse maternelle, ne pou-
« vant plus offrir à leurs enfans extenues
« qu'un sein flétri et desséché, osèrent
« les présenter, mourant du plus terrible
« des supplices, aux commissaires et aux
« généraux qui se trouvaient J)rès d'eux;
« les monstres furent sans pitié, sans^ en-
« trailles; ils virent d'un œil sec la pâleur
« et les larmes des mères; ils entendirent
« sans émotion lesgémissemens et les pria-
it res de tant de jeunes et innocentes yic-
« times. Bientôt joignant la calomnie à
« l'outrage, le blasphème à la férocité, ils
<ï ne crurent pas assez grande l'infortune
« de ceux qui les imploraient, et se fi-
w rent un barbare plaisir de 1 augmenter ,
« en disant que le jour delà justice di-
« vine était eiifln arrivé, où, par sa des-
ft truction totale , la population blanche
tt allait enfin expier le crime dont depuis
« long-tems elle se rendait coupable.
La flotte qui portait le malheureux co-
1<0H» , pouvait être incendiée par les agens
F %
' . ( 100 )
«les commissaîres , si elle restait pïus long-
ieoas eo rade; en consëquence M. de Ser-
cey, charge d'escorter ie convoi, fit le
sjgria! d'appareiller. Le lendemain le con-
voi fout entier , portant les restes delà
popufut.on blanche, fit voile pour le con-
tinent de l'Amérique, et mit quatorze fours
pourse rendre à la baye de Chesapeack.
M. de Larnbis, qui commandait le Jupi^
^er, a la place de M. Galbaud, çm{ éfait
devenu un être à peu près nul , avait pré-
cède la fiole de vingt quatre heures. Arri-
ve au Cap.Henri, li dépêcha aussitôt un
oihcier de cette ville à Norfoick, pour
prévenir le magistrat et le consul de la
tt^T"^?'q«e Française, de l'incendie au.
^ap, et du désastre général de la popu-
iation ulanchedu nord de Saint-Domin eue
torcee d'émigrer aux États-Unis , et au se-
cours de laquelle il était urgent de ve-
ïîîr, SI on voulait l'empêcher de périr de
rnaiadie ou de misère. Les habitans de
i^orfolck et de Portsmouth, touchés de
compassion à la vue de ces infortunés
échappés à riucendie de leur ville, et au
ter ût^ nègres, s'empressèrent, par une
contribution qni fut faite, pour ainsi dire
almstant, à procurer des soulagemens
aux plus nécessiteux.
Les membres de la légation française
lie suivirent pas un si bel exemple. Imbus
fTi.^ t ZSMi,ataÊÊtll'^ i
■^SÊSî^s^SB^^ï^:
( 101 )
des principes révolutionnaires , partisans
de la liherlé des noirs' et applaudissant,
aux mesures incendiaires de Santhonax
et Polverel, ils mirent en délibération si
l'on accorderait des iecours au malheur.
La délibération ne fut pas longue , elle se
borna à l'établissement de deux hôpitaux
pour les malades de la flotte. Le reste fut
abandonné aux soins ^e la providence.
Heureusement que cette providence fut
plus humaine que la légation française.
Les États de Marjland , de Virginie, de
Pensvlvanie, des Carolines , de New-
Yorck, de Massachusset , et même un
grand nombre d'autres villes , décrétèrent
des contributions pour ces infortunés : une
foule d'ames bienfaisantes , sans être dans
l'aisance , y ajoutèrent le sublime denier
de la veuve.
Les blancs qni avaient fui la persécu-
tion, ou plutôtla mort qui leur était ré-
s?ïvée , ne durent plus regretter la ville du
Cap; elle n'existait plus; le feu l'avait
presqu'enlièrement détruite; elle ne pré-
sentait plus aux regards attristés qu'un
amas de cendres et de décembres; un si-
lence efFrajant , image de celui des tom-
beaux, planait sur des ruines encore fu-
mantes; les rues étaient jonchées de cada-
vres ,dont les uns étaient en partie consu-
més par les flammes , et les autres à moitié
F 5
( Î02 )
ronge's parles chiens , et tous exhalant une
odeur mfecte , capable de porter la mort
au sem des vivans. Jamais spectablepluS
hideux et plus horrible ne s'ofïrit aux re-
gards humains. On aurait pu s'écrier
alors :
. ^ . £/2 campos ubi Troja fuît.
Ce fut au milieu de ces décombres , de
ces ruines^ sanglantes , et aux cris mille
tois répètes de vive la nation î vive la répu-
b ique I que les commissaires Santhonax
et Po verel rentrèrent dans la ville du
i.ap, legaout 1795. Leurs premiers soin»
turent de faire éteindre le feu concentre
qni tumait encore au milieu des ruines: les
bianc$ forces alors à être les esclaves des
nègres , furent employés à déblayer les
rues a enlever les cadavres et aux travaux
\^^ plus degoûtans. Rien ne fut épargné
pour rendre leur condition malheureuse;
le mot d humanité était proscrit de toutes
es bouches; car depuis longtems ce sen-
timent n existait plus dans les cœurs.
Le2i jum 1795, les commissaires avaient
tait une proclamation qui donnait la li-
Derle aux esclaves ^xx\ avaient pris le parti
et défendu les proconsuls delà république,
^n en fit des compagnies. Nous ferrns
observer ici que celle liberté n'en exilait
l
I^IB^
ijsmi^m^s^
(io5)
pas moins pour les autres , quoiqu'elle ne
fût pas proclame'e.
Nous avons déjà expose' que les chefs
des révoUés , d'une opinion contraire à
celle des commissaires, n'avaient jamais
voulu adhérer à leurs propositions. Jean-
François et Biassou rejetèrent continuel-
lement leurs offres. Maca^ra, commandant
eu camp Bobillard, eut une entrevue
avec Polverel. Ce dernier tâcha de le se'-
duire parles promesses les plus flatteuses;
il eut beau le traiter de citoyen et le de'*
corer du titre de ge'ne'ral , Macaya fut in-
sensible à toutes ses séductions et pro-
messes. Le commissaire poussa le civisme
ou plutôt l'indécence jusqu'à s'enivrer
avccluij mais toutes les fois que le blanc
proposait de boire à la République ,\enoit
refusait, ou disait toutbas , à la santé du Roi.
En dernier du résultat il répondit à toutesles
propositions de Polverel par ces mots :
« Je suis obligé d'être fidèle au Roi de
« France qui est mon père , et au Roi d'Es-
« pagne qui représente ma mère. Indé-
« pendamment de ce devoir sacré, les
<c sujets de trois Rois (i) descendans de
(î> Le troisième roi dont voulait parler Ma-
«aya, était celui de Congo. Dans nos "colonies, le»
n'erres ne reconnaissaient que les roi» de Fraoeej^
d'Espagne et de Congo.
( ïo4 )
u ceux qui, conduits par ^jne e'foiîe,
« avaient ëte adorer l'horarae Dieu, ne
« peuvent pas se faire de guerre entre
ït eus.
Les principaux chefs des nègres, Jean-
François, Biassouj Toussaint-Louverlurc,
proclamèrent que, loin d'accepter la liberté
(|ui leur était offerte par les comraisaires ,
iîs vengeraient le sang des victimes que ces
proconsuls avaient si impitoyablement
verse. îîs tinrent parole : Jean François et
Bîassoo fsrentîa conquête, pour l'Espagne,
clés paroisses de l'est et de l'ouest, que
jusqu'alors ils avaient défendues. Le camp
de la Tannerie fu? enlevé par Jean-Fran-
çois , et le mulâtre Lesec se rendit maîrre
de celui qui porîait son nom dans la
paroisse des Ecrevisses.
Une chose digne de remarque, c'est que
les commissaires étaient obliges de corn-
l>attre les nègres pour leurs faire accepter la
iîberte; ce qui contrariait leur projet,
celai d'opërer une grande révolution dans
Jes Antilles. Néanmoins iîs en vinrent à
hout , lorsqu'ils proclamèrent que la resis-
laoee des esclaves à l'oppression , était un
<3roit inaliénable qu'ils n'avaient jamais
pu yjerdre.
Quoi qu'il en soit, Sanfbonax, Polverel,
etDelpech, qui exerçait aux Cajes, les
jonctions de coii aissaire civil par un
iMilH'Wi ' i|'i g^^^
ifSSS^^s^^smssTf,
( io5 )
décret spécial de la convention, n'e'taient
pas toat à fait d'acaord sur l'epoqne et la
manière de proclamer la liberté' des nègres.
Santhonax, qui était au Cap, aspirant à
l'honneur de montrer l'exemple, fit le
premier une 'proclamation , où la liberté
gene'rale n'était pas absolument restreinte,
quoiqu'elle fût à un certain point con-
ditionnelle.
Polverei , au Port-au-Prince , se montra
moins empresse'; il ne dissimula pas à
Santhonax, les doutes qu'il avait sur la lé-
galité' de celte mesure.
« Avez-vous e'të libre, lui e'crivait-iî, de
« ne pas la prendre? Quelle liberté que
u celle des brigands! quelle e'galite' que
« celle où règne la seule loi du plus fort !
« Quelle prospérité peut-on espérer sans
« travail , et *{uel travail peut-on attendre
« des Africains devenus libres , si vous n'a-
« vez pas commencé à leur en faire sentir
« la nécessité, en leur créant âes jouissances
« qui, jusqu'à présent, leur étaient in-
« connues »
Cependant Polverei ne laissa pas que de
reconnaître aux esclaves les droits du ci-
toyen dans toute la latitude du mot , et par
une proclamation leur promit de leur
assurer des propriétés par le partage des
terres ; ce qui était une espèce d'échan-
tillon delà loi agraire.
•^
( ïo6 )
peîpech écrivit, le 8 août, à Polverel
qui lui avait envoj^é ses proclamations :
« Je n'adopte ni vos mesures, ni celles
« de Sat.'thonaxj je suis convaincu que la
« commission civile n'a pas le droit de
« changer le régime colonial, et de don-
« ner la liberté à tous les 6sclaves^ que ce
« droit n'appartient c^u'aux representans
« de la nation entière, qni ne nous l'ont
« pas déiëgue'. La proclamation de San-
« thonax et la vôtre, adopte'es purement
« et simplement, me paraissent devoir
« entraîner de grands desordres, surtout
« la première. Cependant elle est un coup
« d'ëier iricité dont il est impossible d'arrê-
« ter la coL^motion , il n'y aura plusmojea
<f d'y revenir; donc il faut la modifier ea
« combinant les vues de Santhonax avec les
« vôtres et arec celles que je vous com-
« muniquerai, de manière que sa procla-
« mation n'ait plus que le défaut d'être
tf prématurée. Mais il est indispensable
•t que nous prononcions de concert, c'est
« le seul moyen de couvrir ce qu'auraient
« d'illégal les mesures prises par vous
« et notre collègue. «
Delpech mourut quelques jours après, tuX
Cayes.
Deux mois environ après l'incendie dii
'^^S^S^^^Tfr
( 107 )
Cap , Sanlhonax , de sa propre autorité, ou
peut-être d'après les instructions des
jacobins de Paris, proclama Tesrlavage
aboli pour toujours à Saint-Domingue.
Le bonnet rouge, symbole de la liberté',
fut promené dans la ville aux cris mille
fois répétés de vive la république I des
arbres de liberté furent plantés; les
premiers fruits qu'ils portèrent furent l'in-
cendie des quartiers Morin, de Limonade,
de laPelite- Anse, de Plaisance, duPort-de-
Pais et du Port-Margot.
Il n'y eut plus de privilèges , de distinc-
tions ; les pouvoirs passèrent sans restiic--
tiou aux mulâtres et aux nègres. Mais aussi
l'argent disparut, et on manqua de vivres
et de provisions.
Les quatre paroisses delà Grande-4nsc,
pour se soustraire au despostime des com-
missaires et des nègres , firent part à
leurs émissaires à Londres, de la position
fâcheuse 011 ils se trouvaient , et les prièrent
de faire des propositions au cabinet de
Saint-James. Le résultat de la négociation
fut que le gouverneur de la Jamaïque vint
prendre possession , au nom de sa majesté
britannique , de Jérémie et de ses dépen-
dances.
Le môle tomba sous la puissance des
Anglais, qui sont toujours prêts k prcH
( T08 )
fiter du mald'autrui. Cinquante ^omme?
de troupes de cette nation suffirent pour
celte expédition; mais il faut avouer que
c'étaient les blancs qui , ne sachant à qui
recourir, crurent devoir implorer la. pro-
tection de la Grande-Bretagne. Celait se
jeter dacs la gueule du loup.
FIN.
■% *►,
w^^m^^^
û
r
,j^^^
I
ml,
''là
4'
\
?5^^^
m
Mi
mi
•f>^i
WM
mM
-^«^eséié^MJ